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Hépatite C : dépistage imposé

15 juillet 2013 par Adeline |

Philippe se sent suffisamment à l’aise pour évaluer par lui-même les risques de transmissions pris ou non en matière d’hépatite C. Il s’interroge donc sur le caractère systématique de certains dépistages en raison de son orientation sexuelle.

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Il arrive parfois qu’on se fasse piéger par des choses qui « vont de soi » alors qu’à l’évidence, les choses, elles ne vont nulle part si on ne les y pousse pas un peu. C’est le cas, par exemple, à la consultation de dépistage, celle où je vais le plus facilement parce que ce n’est pas bien loin, et les horaires sont larges, du coup c’est commode. C’est vrai, je n’ai pas toujours affaire au même médecin, mais après quelques années, j’ai fini par connaître la plupart d’entre eux.

A 38 ans, je suis un gay assumé qui a parfois des partenaires stables, parfois occasionnels et des pratiques « limitées », puisque je dois dire que je ne suis pas un exalté de la pénétration, de quelque côté que ce soit. Pour autant que j’en juge, nous sommes quelques-uns dans ce cas. Bref, voilà donc qu’avec une vie sexuelle certes fournie mais peu « exposante » (aux maladies, s’entend), je me suis étonné, il y a peu de temps, de voir une recherche quasi systématique de l’hépatite C dans mes analyses, alors que cette pathologie me semblait justement liée aux pratiques de pénétration non-protégées (ou alors avec accident de préso). En effet, la transmission du VHC est directement corrélée à la présence de sang, et dans mes pratiques, je me sentais tout à fait à l’aise pour l’évaluer par moi-même.

Intrigué, j’ai donc posé la question lors de mon dernier contrôle au médecin qui m’avait reçu pour la consultation pré-test. Il m’a lâché : « Pour les gays, il vaut mieux le faire systématiquement ». Je reconnais que je n’ai pas relevé sur le moment, me réfugiant intérieurement sous l’argument « après tout, c’est vite fait et c’est pas bien méchant ». Et peut-être étais-je aussi un peu intimidé par le pouvoir de la « blouse blanche », timoré vis-à-vis d’un savoir dont je me sentais démuni.

Mais à la réflexion, je m’en suis un peu voulu d’en être resté là, et de m’être contenté de ce (trop) court éclairage. Après tout, les virus, les microbes, les bactéries se fichent bien de connaître notre orientation sexuelle ; pas plus, du reste, que ne les préoccupent nos opinions politiques ou nos goûts littéraires. Les contaminations sont bien liées aux pratiques (les activités telles qu’elles se déroulent) et non à la libido (les pensées, images et constructions psychiques qui y sont associées), à laquelle pourtant le qualificatif de « gay » est attaché.

Et alors ? Alors rien. Bien sûr tout ça n’est pas dramatique, c’est simplement un peu troublant, et mérite peut-être qu’on y réfléchisse les uns et les autres : les médecins, afin de bien relier les examens médicaux aux possibilités de transmission ; les patients, pour questionner les soignants sur les logiques médicales qui sont les leurs, afin de favoriser réajustements et bonne compréhension. Tous éléments qui concilient et optimisent santé individuelle et santé publique.

Philippe

Crédit photo : © SIS Association

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