Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Je suis le numéro 13

27 juin 2013 par Alain |

Un médecin digne de ce nom doit être à l’écoute de ses patient-e-s. Au cours d’une consultation pour un test de dépistage, Pierre se réjouit d’être tombé sur un bon.

***

Depuis 25 ans, je hante les CDAG (Centre de Dépistage Anonyme et Gratuit) de la capitale. Chaque année, comme le prescrivent désormais avec insistance les politiques de santé publique, je fais un test de dépistage du virus du sida pour vérifier que tout va bien.

Plus que le hasard, c’est le ouï-dire qui me pousse à franchir la porte de tel ou tel centre. « Ici, c’est bien car on n’attend pas longtemps, me conseille un ami. Là, le médecin est sympa, ouvert, amical, me dit un autre. ». Au fil de mes pérégrinations, j’ai déjà fait Tarnier, La Salpé, Fournier comme d’autres ont fait le Vietnam, l’Angola ou la Colombie. Chacun sa guerre ; moi, je mène celle de la santé sexuelle.

Tarnier, je ne le fréquente plus beaucoup. Pourtant je continue à l’aimer cet hôpital au charme désuet situé non loin du jardin du Luxembourg. Très ancien, son côté « marches qui craquent », « odeurs d’antan », « couleurs sépia », m’envahit de toute sa dimension historique quand j’y pénètre par le 89, rue d’Assas.

Il y a quelques années, je m’y suis rendu pour réaliser un test de dépistage. Une semaine après la première visite, j’arrive pour le rendu de test. Quelques personnes assises dans la salle d’attente me dévisagent avec timidité. Avant de les rejoindre, je prends négligemment un numéro comme on le fait désormais dans n’importe quelle administration.

Une fois assis, je découvre le ticket et je m’aperçois qu’il s’agit du numéro 13. Je suis saisi d’un sentiment fugace mais bien réel. Tout le poids de la culture judéo-chrétienne – même si les explications liées à cette superstition ne manquent pas, s’abat sur mes épaules. C’est mauvais signe. Cette fois, je ne vais pas y échapper. Calembredaines !, je finis par me dire. Un numéro à la réputation fâcheuse a peu de crédit face à l’utilisation rigoureuse du préservatif. L’espoir d’un résultat négatif revient.

Enfin c’est à moi. Un médecin m’introduit dans le cabinet après avoir pris mon ticket. Il consulte le dossier puis relève la tête avec un grand sourire. « J’espère que ce numéro 13 ne vous a pas inquiété. Votre test est négatif. Tout va bien. » Il aurait pu s’arrêter là mais il poursuit : « J’ai demandé plusieurs fois aux secrétaires de retirer ce numéro susceptible de créer du stress inutile chez certaines personnes. Hélas je prêche dans le désert. Elles ne sont pas sensibles à la dimension psychologique du numéro 13.».

A mon tour, je souris. J’ignore tout de ce médecin mais je suppose qu’il a baigné dans le rationalisme culturel français renforcé par l’approche scientifique de son orientation professionnelle. Il aurait pu être un médecin technicien pour lequel seuls comptent des bilans biologiques, il est d’abord un médecin accueillant respectueux des spécificités de l’autre. Quand cette dimension humaine transparait aussi simplement, on peut être sûr que le dialogue s’installera sans tabous.

Après avoir quitté l’hôpital Tarnier, je traverse le jardin du Luxembourg. Le buste de Sainte-Beuve m’adresse un salut amical. A l’instar des générations précédentes des enfants s’amusent à faire naviguer des petits voiliers sur le plan d’eau. Je les compte. Ils sont 13. Comme un chiffre porte-bonheur.

Pierre

Crédit photo : © SIS Association

APPEL A TÉMOIGNAGES

L’objectif du Blog Sida est de fournir des éclairages sur l’épidémie de sida. Séropositif-ve-s, parlez de votre vie avec le VIH : l’annonce, les traitements, la prise en charge, la sexualité… Séronégatif-ve-s, racontez votre rapport à la prévention, au préservatif, votre expérience d’un test de dépistage. Proposez vos textes à temoigner@sida-info-service.org 

Tout texte hors sujet, agressif, grossier, incitant à la haine raciale et à la discrimination, la diffamation, portant atteinte à l’honneur d’une personne, toute allusion sexiste, homophobe ou raciste, tout comme les messages publicitaires, sera écarté sans appel.

  1. Une réponse à l'article “Je suis le numéro 13”

  2. Par lozac'h le 16 décembre 2013

    Je trouve ce témoignage à la fois poétique et touchant. Poétique pour le « jardin » et touchant car cela fait du bien de savoir qu’il y a des personnes sensibles, empathiques et vraies. Je dis cela à la fois pour le médecin du CDAG mais aussi pour celui qui a témoigné.
    Continuez.

Ecrire un commentaire