Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Comme autrefois les pestiférés

3 juin 2013 par Adeline |

Après des mois de débat houleux sur le mariage pour tous, Philippe témoigne d’une homophobie qui ne se cache plus. Il se croyait accepté de son voisinage, il se découvre montré du doigt.

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Il y a plusieurs années de cela, Sida Info Service lançait une campagne d’affichage dont le but était d’inviter le public à lutter contre les discriminations vis-à-vis des personnes séropositives. C’était à l’époque où certains croyaient reconnaitre la maladie à ses signes extérieurs, et où les traitements anti-vih étaient lourds et s’assortissaient souvent d’effets secondaires importants, parfois visibles. Pour traduire ce ressenti de « mise-à-l’écart » des personnes séropositives, l’une des  affiches  représentait un tableau d’interphones, comme à l’entrée des immeubles d’habitation : une liste de noms bien alignés, un bouton de sonnerie à côté de chacun afin de contacter le correspondant, au dessous un micro pour entendre et se faire entendre, et tout en bas, isolé, solitaire, une dernière sonnerie avec un autre nom. Puis le slogan : « Pour un séropositif, il n’y a pas que le virus qui soit difficile à vivre. »  On comprenait qu’être mis à part pour son statut, comme autrefois les pestiférés, ne faisait qu’ajouter de la douleur à la douleur.

J’ai repensé à cette campagne tout récemment, en pénétrant dans le hall de mon immeuble où s’alignent les douze boîtes aux lettres des résidents, avec leur belle teinte luisante de chocolat à croquer  (elles ont été installées il y a moins d’un an). La nôtre (nous sommes deux garçons en couple) se détache du reste du groupe par deux lettres inscrites maladroitement en gros en dessous de nos noms : P D.

Quelques années maintenant que nous vivons là, et pour la première fois comme une mise à l’index, un désir de trier et d’écarter, sans vraiment s’y frotter. On croyait que c’était derrière nous, on se pensait urbains, dans la capitale ou tout à côté ; on n’avait pas mesuré à quel point les semaines écoulées depuis octobre 2012 nous avaient faire perdre, à tous, tant de terrain sur ce territoire toujours à conquérir de l’acceptation et de la permissivité. Ce retour de la conscience est donc cinglant : ces deux lettres gravées auront été rendues possibles par les semaines et les mois de débat sur le mariage pour tous, et les scories pestilentielles charriées par les discours condescendants et haineux des opposants. Femmes et hommes politiques, journalistes ou artistes s’autorisent à étaler leurs opinions de façon largement « décomplexée ». Il n’en faut pas plus pour galvaniser les rancœurs et les phobies de certains, et voir se multiplier les actes violents, symboliques ou non. Ces deux lettres sur notre boîte, c’est comme un marquage au fer, pour nous dire et l’afficher : on sait qui vous êtes et on ne vous aime pas.

Nous le savons, le sida est une maladie indécelable pour tout un chacun. On ne la voit pas toujours, pas souvent, rarement, et on ne peut pas être sûr qu’il s’agit de cela, ses signes sont trompeurs, si peu caractéristiques qu’il faut qu’on nous en parle : le médecin qui fait le diagnostic, la personne séropositive qui fait part de sa situation. Ils nous disent ce que nous ne saurions pas autrement.

Et, même si, bien sûr, il ne s’agit pas pour autant  d’une pathologie, il en va également ainsi de l’homosexualité : On ne la choisit pas, on ne la voit pas toujours, on peut se tromper, le dire ou pas c’est l’affaire de chacun ; et là s’arrête l’analogie.

Philippe

Crédit photo : © SIS Association

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