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Dépistage en prison : le décider ou le différer

22 février 2013 par Adeline |

Sida Info Service intervient régulièrement en milieu carcéral. Un intervenant de l’association reprend ici les paroles d’un détenu entendues lors d’un entretien individuel de prévention pour évoquer la démarche du dépistage VIH.

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« …Quand on est dehors, on ne se rend pas compte, on fait les choses comme ça, on n’y pense même pas. Le faire sans capote, pour moi, ça a jamais été un problème : tu rencontres la fille, déjà là tu vois un peu à qui t’as à faire, si elle te dit oui direct et sans poser de questions, tu lâches pas l’affaire mais c’est plus tard que tu pourrais t’inquiéter.  Dans ces cas-là, moi, j’allais me faire dépister 10-15 jours après, histoire de me rassurer, et puis encore un mois après pour être bien sûr, et basta.

Ici c’est différent, la prison ça te fait réfléchir. D’abord parce que t’as que ça à faire : gamberger. Ensuite, si tu fais la prise de sang, ça prendra une à deux semaines avant que t’aies ton résultat, des fois même il faut relancer le médecin parce qu’on t’aura oublié… Pour eux, c’est plutôt normal, « si on vous dit rien, c’est que tout va bien », combien de fois j’ai entendu ça !… En tous cas ces jours-là, tu les vois passer…

Alors qu’est-ce que je fais ? Parce que moi, voilà, juste avant mon arrestation j’avais rencontré une nouvelle meuf, et on s’est pas protégés pour le faire, simplement j’ai pas éjaculé. Y’a moins de risque pour la grossesse, mais ça veut rien dire pour les maladies. Et maintenant que je suis ici, je vais peut-être commencer à me faire des films, donc je pense au dépistage pour couper court à tous les délires. Simplement là, je sais que je vais vraiment flipper parce que y’a rien que je pourrai maîtriser, le délai comme la manière de le gérer. Surtout, c’est pas la peine de se laisser aller ou de chercher à se réconforter : la prison, c’est vraiment pas un endroit où trouver quelqu’un à qui parler.

Jusqu’à présent, ça m’est plus arrivé d’y renoncer que de m’angoisser, mais c’est aussi parce que je me souviens de ce qu’ils m’ont dit à l’UCSA (Unité de Consultation et de Soins Ambulatoires)  : même si j’ai refusé en arrivant, c’est toujours possible de demander un test, à tout moment, comme ça l’est pour n’importe qui, à l’extérieur. Pour l’instant, c’est non, demain ce sera peut-être autrement, l’important c’est de peser le pour et le contre pour prendre sa décision. »

Paroles de détenu, janvier 2013

 

Crédit photo : © SIS Association

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