Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Accompagner au dépistage : pas si simple

15 janvier 2013 par Adeline |

Une séparation, des prises de risques et la décision de faire un test de dépistage. Thierry a accepté d’accompagner son amie pour aller chercher ses résultats. Cette expérience a suscité chez lui beaucoup de questions qu’il nous livre ici.

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Je n’avais pas encore pensé à ce que ça signifiait vraiment, « accompagner » quelqu’un pour un dépistage, et quand une bonne copine m’a demandé si ça me dérangerait de venir avec elle pour chercher les résultats de ses tests, je n’ai pas beaucoup réfléchi avant de dire oui. De toute façon, j’étais bien d’accord avec ça : si je m’étais proposé d’être là dès le début, je n’avais pas de raison de l’abandonner à l’arrivée.

On est donc allés dans le CDAG (centre de Dépistage Anonyme et Gratuit) où elle avait fait sa prise de sang, pas très loin du restaurant chinois qu’on fréquentait tous les deux, à la fois pour la proximité et pour la discrétion. Depuis sa séparation d’avec son compagnon, elle avait « fait les quatre cents coups », et reconnaissait avoir parfois baissé la garde côté prévention, malgré sa prudence habituelle et sa bonne information.

« Tu sais bien comment je suis quand j’ai un peu picolé ! » Effectivement, on en avait déjà levé ensemble des verres à notre santé, lors de soirées endiablées. Et il m’avait bien semblé que depuis quelques mois, l’ambiance était souvent à la fête. Bref, après plus de huit semaines de sobriété retrouvée, à force d’en discuter avec les uns et les autres, elle avait décidé que c’était le bon moment et elle y était allée franco, avec sa grande sœur, « juste pour faire le point » lui avait-elle précisé, avec cette légèreté dans le ton qui disait bien le peu de gravité, finalement, de la démarche.

C’était donc aujourd’hui les résultats, en fin d’après-midi, elle et moi devions nous retrouver chez elle pour nous  rendre ensemble au centre. Je n’ai pas senti la pression s’installer en moi et y prendre toutes ses aises, dès le petit déjeuner où le café m’avait semblé bien amer. Une phrase paraissait s’inscrire dans ma tête et ne pas vouloir en disparaître : et si le test était positif ? Il me fallait presque argumenter avec moi-même pour pouvoir atténuer les effets anxiogènes de mon interrogation récurrente : si le test est positif, on en fait un autre avec une technique différente, pour être sûr… Si la contamination est récente, on ne commence pas le traitement tout de suite… Aujourd’hui, la séropositivité ce n’est plus un compte à rebours… Les traitements marchent de mieux en mieux, ils sont plus faciles à prendre et à tolérer… Rien n’est interdit aux séropos : on fait des enfants, du sport, des voyages , des projets avec le virus… La recherche progresse tous les jours, la guérison, c’est pour bientôt…
C’est tout juste si je ne m’étais pas fait un bréviaire des arguments pondérateurs pour ne surtout pas être pris au dépourvu par un diagnostic défavorable.

Les heures passaient, et j’étais taraudé : est-ce que je saurais la regarder ? Qu’est-ce que je pourrais bien lui raconter ? Et si je m’effondrais ? J’avais beau me dire que la maladie, ce n’étais pas une punition, que ça n’avait rien à voir avec la sanction d’un comportement que « la morale réprouve », et puis d’ailleurs quelle morale (elle est tout aussi majeure et responsable que ses partenaires, elle ne force personne et elle ne raconte pas de bobards pour arriver à ses fins : elle fait du tort à qui ?), oui j’avais beau raisonner juste, c’est comme si ma rationalité avait baissé les bras, et je m’en voulais presque d’avoir joué les cadors auprès de mon amie, en dissimulant sous une quasi désinvolture une ardoise toujours pas réglée avec le VIH et ses conséquences. Evidemment, pas question de reculer : si je m’étais engagé, ce n’était pas pour me rétracter, et c’est dans l’épreuve qu’on reconnaît ses amis ! J’allais surmonter.

Bien sûr je m’étais repassé le film de mes propres tests, le questionnement qui s’installe, les « je-ne-suis-pas-certain » après quelques nuits frénétiques, le désir de table rase ou d’ardoise magique (on tire sur le bord et tout s’efface) pour une nouvelle histoire pleine de promesses, et je n’avais pas retrouvé cette même fébrilité d’aujourd’hui, un peu comme si je m’aménageais mieux avec mes errements et mes choix, qu’avec ceux d’une amie proche. C’était bien une découverte car j’avoue qu’avant ce jour-là, je n’y aurais jamais songé.

C’est bien de cela que j’ai pris conscience, au fur et à mesure que se sont égrenées, dans le sablier, les heures de cette journée ; accompagner, ce n’est pas seulement combler du temps et offrir une présence, c’est confirmer sa capacité à pouvoir soutenir et rasséréner.

En tout cas pour la copine, tout s’est très bien déroulé, les résultats sont ceux souhaités, rien à signaler.

Thierry Robillard

Crédit photo : © SIS Association

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  1. 3 réponses à l'article “Accompagner au dépistage : pas si simple”

  2. Par MONTANER le 19 janvier 2013

    « je ne suis pas certain », désir de table rase, ardoise magique, vous étiez deux ce jour là… Le 16 janvier aprés 1 jour, 1 nuit passé au service des maladies infectieuses du CHG de PAU, j’ai appris ma séropositivité. J’étais seul.Accompagner pose des questions certes, mais c’est tellement courageux et rassurant pour celui qui est accompagné(e): ça peut permettre de serrer une main amie si tout d’un coup le monde bascule!…

  3. Par FEFE le 13 février 2013

    en effet reçecoir le résultat du démistage du VIH n’est pas une mince affaire.

    je suis IDE dans un CIDDIST, je fais le TROD aux usagers, et la semaine dernière j’ai pris la décision de me faire mon TROD, je m’éloigne de la collégue , nous sommes 2 au centre.
    je fais le test et l’enfile dans son embellage pour l’attente des 15 à 20 minutes et ne pas voir la progression du résultat; je ne tiens pas en place je fais des vas et viens,l’angoisse me monte à la gorge, je me dis et si le R est + qu’est ce que je fais,je doute tout de suite du secret professionnel, qu’est ce que je vais faire, je me pose toutes sortes de questions. Dans ma région le VIH a une conotation .
    pourtant je connais les traitements antirétroviaraux, j’accompgnes à l’observance et j’arrive bien à encourager les PVVIH, mais c’est plus fort que moi, c’est une épreuve, il a fallu que je demande à la collégue d’aller récupérer et faire la lecture d’un test que j’avais laisser dans l’autre bureau
    Elle le ramène , c’est – je quitte le bureau avec un soulagement,en remerciement du ciel
    je savais que ce n’est pas si simple cette démarche,mais la vivre c’est encore autre chose…

  4. Par jcm le 13 mars 2013

    Dans la mesure où le traitement rend non contaminant en moins de 6 mois ( inutile de rappeler que le risque n’est jamais nul, cette remarque est sans effet et n’invalide pas la portée fondamentale de la formulation ), dans la mesure où les derniers morts du sida chez nous sont des retardataires du dépistage, et compte tenu de la grande banalité du VIh qui ne menace plus la vie ni à court ni à moyen terme avec les traitements, il n’y a plus aucun facisme à imposer à quelqu’un un dépistage qui ne lui apprendra plus sa mort annoncée ( si ce fut jamais le cas ).

    Il faut banaliser encore plus le VIh ET oontraindre au dépistage coercitif simultanément , avec les garanties sur l’anonymat pour les seuls résultats cela ne pose plus aucun problème…

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