Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

« Je ne pensais pas être concerné » (1)

30 novembre 2012 par Adeline |

 

A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, Le Blog Sida publie le témoignage de Joël qui vit depuis plus de 20 ans avec le VIH. Comment a-t-il vécu l’annonce de sa séropositivité ? A-t-il informé sa famille, ses ami-e-s, ses collègues ? Quel a été son parcours thérapeutique ? A découvrir dans cette première partie. La suite la semaine prochaine.

***

Je m’appelle Joël, j’ai 48 ans et je suis Parisien. J’ai appris ma séropositivité en 1992, au mois de février exactement.

Depuis de longs mois voire même depuis plusieurs années, je souffrais de problèmes pulmonaires : bronchites et angines. La plupart des traitements antibiotiques ne donnaient pas de résultats. Je souffrais aussi d’une grande fatigue et de problèmes de peau récurrents que ma dermatologue ne parvenait pas à traiter.

J’ai finalement consulté mon médecin de famille, qui est encore le mien.  Avec lui, j’ai parlé de ma situation : mon orientation sexuelle, mon rapport au préservatif, mes multiples partenaires…

Il m’a alors proposé de faire un test de dépistage du VIH et des hépatites B et C.

En dépit de ma petite connaissance du sida comme maladie sexuellement transmissible et mortelle, je n’ai pas été à l’origine du dépistage car je pensais ne pas être concerné même si je changeais de partenaires sans toujours utiliser de préservatif.

Il existait à l’époque très peu d’information.

Je n’avais jamais envisagé de faire un dépistage étant donneur de sang régulier à l’hôpital Saint-Antoine à Paris.

J’ai appris ma séropositivité durant mes heures de travail. A l’époque, je travaillais dans une banque avenue de la République. J’ai pris 20 minutes pour aller chercher les résultats chez mon médecin qui se situait à deux pas.

A 28 ans, un immeuble m’est tombé sur la tête. Tout projet de vie s’effondrait, j’avais juste la mort en ligne de mire. Je n’ai rien annoncé à mes collègues et j’ai repris mon travail.

La première personne à avoir été au courant, ce fut ma maman. En voyant ma tête le soir, elle a deviné que j’avais de gros soucis. Je lui ai annoncé avec prudence et réalité : « Je suis malade, séropositif et je risque de mourir rapidement. ». Sa réponse a été très forte : « Quoi qu’il t’arrive, tu restes mon fils. ».

Je n’ai rien annoncé à mon père car il avait un caractère très fort et très extrémiste. Au fil des semaines, j’en ai parlé à mes frères et ma sœur (Je suis l’avant-dernier d’une fratrie de 8 enfants). Les réactions furent diverses. Aujourd’hui, je suis en contact permanent seulement avec ma sœur et un de mes frères. Les autres m’ont tourné le dos. Séro et homo…

J’ai entamé mes premiers soins à l’hôpital Pasteur où mon traitement – à vie – me fut donné : AZT à haute dose toutes les 4 heures à jeun.

A mes collègues, je n’ai rien annoncé. Le plus dur était de devoir prendre mes médicaments pendant mes heures de travail et de devoir gérer l’immense fatigue liée à la maladie, aux puissants médicaments et à leurs effets secondaires comme les diarrhées, maux de tête, vomissement, crampes abdominales.

A cette période, les médecins m’ont aussi diagnostiqué une tumeur cancéreuse à l’intestin et au gros colon. J’ai pu ainsi avaler mes comprimés sans que l’on me pose trop de questions.

J’ai poursuivi tant bien que mal ma carrière dans cette banque passant avec succès les épreuves 2 et 3 du brevet bancaire, puis l’Institut Technique de Banque durant 3 ans. Etant chargé de clientèle, les journées étaient fatigantes avec le soir les cours, et le samedi les devoirs.

Une seconde molécule qui allait devenir plus tard la « DDI » était à l’essai. On me l’a proposée et j’ai accepté. Ceci marquait à la fois un tournant dans mon parcours thérapeutique personnel et dans la prise en charge de mes compagnons d’infortune. Nous étions un panel à expérimenter cette nouvelle molécule, des « cobayes » en quelque sorte.

Joël

Pour connaître la suite, rendez-vous sur ce blog la semaine prochaine.

Crédit photo : © SIS Association

APPEL A TEMOIGNAGES

L’objectif du Blog Sida est de fournir des éclairages sur l’épidémie de sida. Séropositif-ve-s, parlez de votre vie avec le VIH : l’annonce, les traitements, la prise en charge, la sexualité… Séronégatif-ve-s, racontez votre rapport à la prévention, au préservatif, votre expérience d’un test de dépistage. Proposez vos textes à temoigner@sida-info-service.org

Tout texte hors sujet, agressif, grossier, incitant à la haine raciale et à la discrimination, la diffamation, portant atteinte à l’honneur d’une personne, toute allusion sexiste, homophobe ou raciste, tout comme les messages publicitaires, sera écarté sans appel.

  1. 2 réponses à l'article “« Je ne pensais pas être concerné » (1)”

  2. Par panther le 10 décembre 2012

    Hallucinant !!!!
    « Je n’avais jamais envisagé de faire un dépistage étant donneur de sang régulier à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. »

    Donc on depiste pas les dons du sang ??!!

  3. Par Adeline le 11 décembre 2012

    Bonjour,
    Des examens biologiques sont effectués sur chaque don et le donneur est systématiquement informé par courrier si une anomalie est décelée. Mais le don de sang ne constitue pas un test de dépistage en tant que tel ! Pour plus d’information, vous pouvez nous appeler au 0800 840 800 ou nous contacter sur le live chat sur http://www.sida-info-service.org/.

Ecrire un commentaire