Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

« Avec le VIH, j’ai un peu baissé ma garde » (2)

23 octobre 2012 par Adeline |

Giancarlo est marié avec une femme, bisexuel, et père d’une petite fille. Lorsqu’il apprend sa séropositivité, les interrogations se bousculent. Il raconte son histoire, entre coups durs et espoir.

(Suite et fin du précédent article)

***

Moi j’ai fait mon test de confirmation (confirmé dans la journée) avant l’envoi pour le Western Blot* (confirmé dans la semaine).
L’insupportable attente des premiers jours, les insupportables doutes. Ai-je contaminé ma femme ? Et ma fille ? Vais-je pouvoir supporter le poids de la honte et du sentiment de culpabilité ?

Désespoir. On essaye de s’occuper le samedi et le dimanche, on va à la piscine, à la montagne. On doit tenir bon, pour notre fille. On a encore l’espoir d’un faux-positif, tant qu’on n’a pas le Western Blot. Parce que, tout simplement, « c’est pas possible ». Et pourtant si. Et puis, on passe des heures à se documenter sur Internet.

Lundi soir : idées noires. Je ne trouve pas le sommeil. Je réfléchis dur : quel est le meilleur moyen pour se supprimer ? Car, objectivement, je ne pourrai pas vivre avec ce poids.

Mardi matin : il fait beau, grand soleil. Et tout d’un coup je retrouve l’espoir et je me sens léger et fort. Je peux de nouveau discuter normalement avec mes collègues, tout redevient normal. En fait, il m’a fallu 3 jours pour digérer la nouvelle. Mis à part la météo, les raisons de ce retour du moral sont à trouver en partie sur le forum de SIS. « Un séropositif à la même espérance de vie qu’un séronégatif ». « En 2012, avec les trithérapies, on vit normalement », etc. Voilà le genre de phrases que j’ai pu y lire et qui m’ont fait énormément de bien.

Et puis, j’ai lu des choses sur des « avancées prometteuses » récentes au sujet des vaccins thérapeutiques. Je sais bien que ce sont surtout des effets d’annonce, mais ça m’a aussi boosté de me dire que, peut-être, d’ici 10-15-20 ans, on pourra être guéri !

Sur le coup, j’ai eu peur que mon mieux-être ne soit que passager, basé sur un déni, mais ça a l’air de durer… Bien sûr avec quelques baisses de régime, liées notamment aux doutes restants.

Ces premières semaines n’ont bien sûr pas été de tout repos.

Une dizaine de jours après « l’annonce », notre bébé a fait une roséole, maladie bénigne et courante du nourrisson : fièvre pendant 2-3 jours puis éruption de petits boutons rouges. Eh bien, figurez-vous qu’après de longues recherches, j’ai réussi à dégoter un document qui disait que ça pouvait aussi être les symptômes d’une primo-infection au VIH chez le nourrisson.

Notre bébé avait reçu sa dernière tétée maternelle environ 3 semaines avant que j’apprenne ma séropositivité. Il y avait donc une fenêtre possible de quelques jours pour que 1. je contamine ma femme entre 4 et 6 semaines avant le test qu’elle a fait au lendemain de l’annonce (fenêtre sérologique) et que 2. notre fille soit contaminée par ma femme lors d’une de ses ultimes tétées. Le Grand Chelem, quoi ! Scénario catastrophe peu probable mais ô combien angoissant. On sait depuis peu que ce n’est pas le cas : ma femme a fait un nouveau test 6 semaines après nos derniers rapports, et il est négatif. Soulagement : il n’y a que moi de contaminé !

Alors, la vie continue. On était jusque-là un peu paralysés par l’attente des résultats de ma femme. Je ne sais pas comment la situation va évoluer dans les prochains jours et mois. On a encore plein de projets de vie commune avec ma femme, d’autres envies d’enfants. Mais on a aussi encore plein de choses à apprivoiser. J’ai juste peur qu’au bout d’un moment, elle se rende compte qu’elle n’arrivera jamais à me pardonner, et que la rancœur que j’ai créée en elle devienne plus forte que son amour pour moi.

Quoi qu’il en soit, depuis que j’ai accepté et intégré ma séropositivité, j’ai plus que jamais un énorme appétit de vivre. J’ai l’impression de plus profiter des choses, de mieux apprécier les bonheurs du quotidien. C’est étrange à dire, mais j’ai presque le sentiment d’aborder plus sereinement ma vie future qu’auparavant.

Giancarlo

*Western Blott : test de dépistage validant ou infirmant une contamination par le virus du sida

Le Forum de SIS

Crédit photo : © SIS Association

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  1. 2 réponses à l'article “« Avec le VIH, j’ai un peu baissé ma garde » (2)”

  2. Par pas de chance le 13 mars 2013

    Bonjour,
    j’ai appris récemment que j’étais séropositif et avec ma compagne nous n’avons jamais mis de préservatif car on ne le savait pas pour moi.
    est il sûr qu’elle soit contaminée ???par moi …depuis elle ne me parle p^lus et m’ignore complètement c’est invivable pour moi /.

  3. Par jcm le 13 mars 2013

    mon ami et moi sommes un couple gay serodiscordant , nous ne mettons pas de capote ni l’un ni l’autre depuis 7 ans de vie commune , et mon ami est toujours serodiscordant.
    Nous savons que le traitement rend non contaminant ( le risque zéro n’existe pas mais bon, presque , c’est comme la capote, les exceptiosns n’invalisent pas sa règle protectrice ).
    même si mon ami se moque d’attraper par moi le VIH, je ne baisse pas la garde pour prendre mes traitements.

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