Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Je suis malade, et alors ? (1)

14 mai 2012 par laurent |

Georgeline, 36 ans, à cheval entre la France et l’Afrique, traverse une situation que beaucoup de séropositif-ves connaissent. Traitée, en bonne santé, elle s’est habituée à vivre avec le VIH, mais un autre problème a surgi. Les autres, les séronégatifs autour d’elle, qui n’ont pas besoin, eux, de s’habituer au VIH, ont commencé à tendre entre elle et eux une sorte de cordon sanitaire. Plaidoyer en forme de cri(s) du cœur contre l’isolement par la stigmatisation, et pour une meilleure intégration des malades en général dans les sociétés.

***

J’ai appris ma sérologie en 2007, deux mois avant mon mariage. J’ai tenu à être sincère avec mon mari, qui est séronégatif, et il est resté. Il m’a dit « On va se battre tous les deux ». Bref… Nous vivons en Afrique, mais vu que j’ai la double nationalité, je me fais suivre en France.

En même temps, on m’apprenait que j’avais aussi la tuberculose. Aujourd’hui, j’en suis guérie et je me porte bien. Le plus dur n’est pas le traitement du VIH mais celui de la tuberculose. Lorsque j’ai commencé mes traitements, j’étais tellement déprimée que je ne voyais pas ce qui pouvait m’arriver de pire. C’était la totale ! J’en ai bavé, je voulais mourir. Je m’en suis sortie grâce à mon mari : il était là et ça m’a donné du courage.

Pour le VIH, ça fait deux ans que je prends Kaletra et Truvada, je supporte très bien ce traitement. Parfois, j’ai la nausée ou un arrière-goût dans la bouche mais ça passe vite, c’est supportable. Au début, j’avais un autre traitement qui ne stabilisait pas mes t4 mais avec celui-là, ça va mieux : virus indétectable depuis 2008 ! Aujourd’hui, je suis forte et je vois et comprends les choses différemment. Cette maladie n’est pas une fatalité, on vit avec. Il existe des médicaments et avec une bonne hygiène de vie, l’espérance de vie est très bonne.

Mais c’est pas facile, mon histoire est longue et pénible, j’ai dû me battre. Parfois j’ai baissé les bras, dans ces moments mon mari me disait : « T’as pas le droit, parce que nous avons besoin de toi. » Il n’avait pas tort, je ne suis pas seule et ne je ne dois pas penser qu’à moi, mais m’accrocher à la vie. Alors je demande d’arrêter de stigmatiser cette maladie. Ici en Afrique, il existe un grand problème, celui du déni. On préfère se cacher derrière des croyances de sorcellerie parce que le sida est une maladie de honte. Chaque jour, des jeunes filles de 18 ans mettent au monde des enfants en refusant de prendre la trithérapie parce qu’elles ont honte, parce qu’elles font un déni.  « Je me porte bien, je ne peux pas avoir cette maladie. »

Alors je viens ici vous demander : pourquoi sommes nous obligés de nous cacher ? Pourquoi le regard des autres est-il tellement difficile à vivre ? Pourquoi ne sommes nous pas acceptés comme tout le monde ? Un jour, j’ai fait la grosse bêtise de parler de ma situation à une amie et depuis que je le lui ai dit, elle raconte à tout notre entourage que je vis avec le VIH ! Elle n’arrête pas depuis plusieurs mois, jusqu’à présent je continue d’avoir des échos de ce qui se dit, j’ai peur  tout le temps ! Parfois, j’ai honte de croiser le regard des gens ! C’est triste. Pourquoi agit-elle de la sorte ?

Je suis révoltée par ce comportement, je traverse un moment de solitude. Je ne vois plus personne et je découvre maintenant qui sont mes amis, et il n’y en a pas ! Quelle est la nature exacte de nos relations humaines ? Je suis triste de savoir à quel point l’être humain peut être méchant et juger sans comprendre. Ce que nous vivons est quand même dur, on a une vie qui change du tout au tout. Au début, il y a une culpabilité de ne pas avoir fait très attention à soi, et puis il y a toujours  la question « pourquoi ?? ». Et quand on pense à comment les gens perçoivent cette maladie, c’est franchement déplorable ! ÇA N’ARRIVE PAS QU’AUX AUTRES, c’est certain.

J’ai peur et je suis révoltée de me rendre compte à quel point on veut nous interdire de vivre comme tout le monde, à quel point on veut nous écarter de la société, à quel point nous sommes stigmatisés. Je ne vais pas me laisser faire, nous sommes comme tout le monde et nous avons les mêmes droits que les autres. Oui, nous sommes séropositifs, et alors ? Oui je suis malade, et alors ? Est-ce que je ne suis pas un être humain comme tout le monde ? Est-ce qu’on doit renoncer à vivre parce qu’on est séropositif ? Non ! C’est pas parce qu’on est  malade du sida qu’on n’a plus droit à rien.  Accepter sa maladie, c’est pas facile mais il n’y a que comme ça qu’on y arrive : en se révoltant, en refusant de donner raison aux autres et de se cacher. Moi, j’ai recommencé a sortir, je me fais voir : je suis bien portante, je vais en boîte, je me balade. J’ai la chance d’avoir mes parents pour me soutenir parce que c’était la grosse déprime. J’avais tout  remis en question mais bon, ça va mieux.

Par expérience, l’honnêteté avec les amis malheureusement ne paye pas, mais tout le monde n’a pas la même réaction ! Et on ne sait jamais comment celui qui est en face va accueillir la nouvelle, ça fait peur. Nous sommes obligés de nous taire pour nous protéger de vous qui n’êtes pas malades, parce qu’on reçoit beaucoup de rejet, et cette maladie n’est déjà pas facile à vivre au quotidien, c’est un combat ! Quand on sait que quelqu’un est malade, quelle que soit sa maladie, on le soutient. Quelle que soit la personne, lorsqu’on a un petit quart d’humanité en soi, on a du mal à condamner et on aide tout simplement, parce que dans la vie tout peut arriver, même à soi.

J’ai compris que j’ai pas fait le bon choix de lui en parler, mais la vie continue ! Pas grave, j’ai fait une erreur. C’était pour lui dire de faire attention, que le virus court les rues, et voilà ce que je récolte !! C’est dommage parce que plus on en sait, plus on fait attention ! Maintenant, j’attends que la roue tourne. J’espère qu’elle arrivera bientôt et que je serai là  pour savourer le moment où elle se retournera, cette roue.

(…)

Pour connaître la suite, rendez-vous sur ce blog la semaine prochaine.

Crédit photo : © Tous droits réservés

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  1. 6 réponses à l'article “Je suis malade, et alors ? (1)”

  2. Par Tatiana le 7 juin 2012

    Ce témoignage est le vécu quotidien de beaucoup de séropositifs… Beaucoup de courage. Je ne suis pas séropositive, mais je m’intéresse de près à ceux qui souffrent de l’infection à VIH. C’est à la mort de ma soeur aînée il y’a quelques années que j’ai su qu’elle était malade (elle a fait une méningite à cryptocoque). Elle a fait 9 ans de maladie aux dires de certaines personnes a qui elle avait révélé son statut sérologique. Depuis, je me demande ce qui l’a empéché de m’en parler moi sa soeur mais d’en parler à ses amies. Je veux tellement comprendre ce qu’elle a vécu et à travers votre témoignage j’imagine que ça n’a pas été facile pour elle. Il faut pardonner à votre amie qui vous sabote, les gens font des erreurs dans la vie, comme vous l’avez dit beaucoup pensent que ça n’arrive qu’aux autres, mais en regardant bien ce n’est pas toujours le cas…
    Vraiment beaucoup de courage et ne baissez pas les bras, vous avez un homme merveilleux dans votre vie, battez vous pour lui.

    Bien de choses à vous.

  3. Par Clément le 21 juin 2012

    Merci pour ce témoignage. Il y à longtemps quelqu’un de ma famille est mort du Sida et depuis j’essaye de faire des choses pour que les malades soit encore mieux aidés. En faisant des dons. Il ne faut vraiment pas hésité c’est très important.

  4. Par KEMAYOU HORTENSE le 30 novembre 2012

    La discrimination c’est un poison. Vivre avec le vih c’est pas facile. Déjà au sein de la famille c’est la honte. Il faut trouver un nom et un coupable : la sorcellerie, le poison, pour masquer le vrai même après la mort. Alors moi KEMAYOU Hortense je vis ma séropositivité à visage découvert que ça blesse ou non. Je pense à moi car pour beaucoup je ne suis qu’un virus sur patte et un héritage. KEMAYOU HORTENSE SEROPOSITIVE. MERCI INFINIMENT.

  5. Par Philippe le 28 décembre 2012

    Bonjour Georgeline je suis belge et je vis en Afrique avec mon épouse qui est séropositive, mais à vrai dire ceci ne me dérange pas, et je suis désolé que ton entourage s’effraye pour si peu, Courage tout finira par s’arranger Cordialement Philippe Yaoundé Cameroun

  6. Par Lysette le 16 janvier 2013

    Bonsoir Georgeline, je suis tout émue en lisant ton témoignage, j’ai juste envie de pleurer et te dire que tu as le droit de vivre comme nous (les séronégatifs) et que ta copine se dise que tout le monde peux avoir cette maladie. Tout ce que je déplore ici en Afrique c’est que le suivi des malades ne soit pas aussi bien qu’en France, dont tu as de la chance, je veux que ma sœur et ma nièce aient aussi la même chance que toi. Je peux t’assurer que moi je vous aime comme vous êtes et vous avez le droit de vivre comme tout le monde

  7. Par olivier le 19 février 2013

    Bonjour,
    moi je suis séropositif depuis…..je sait pas
    depuis 3 ans sous atripla,je ne peux parler de ma maladie a mes amis.
    En couple depuis 7 ans ,maintenant c’est fini depuis 2 mois.
    Je m’aperçois qu’il est très dur de se reconstruire une vie sociale quand tu est malade ,amoureuse on en parle même pas .
    Quel femme voudrait d’un séropositif dans sa vie.
    C’est vrai que moralement c’et très difficile a vivre.
    La depuis quelque jours j ai des taches jaunes qui apparaisse a la hauteur des épaules je sait pas ce que c’est j’attendrais un peu avant d’aller voir le médecin.
    Les gens ne comprenne pas je préférerais avoir un cancer au moins je susciterais de la compassion ce qui n’est pas le cas avec cette maladie!!

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