Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Comment la phobie du VIH a changé la vie d’un adulescent (1)

22 novembre 2011 par laurent |

G., 35 ans, séronégatif, s’est auto-diagnostiqué une « phobie du VIH ». Il tente d’en comprendre l’origine en revisitant certains événements marquants de sa vie d’enfant et d’adulte, de la découverte de la mort à celle de la sexualité. 

***

« Je m’appelle G., j’ai 35 ans et je suis phobique du VIH. Je suis aussi « testolique ». J’ai passé 15 tests sur 6 mois : négatifs. Pourtant je pense encore être positif. Parfois, pas toujours. Mais y’a une bonne nouvelle : je n’ai pas mis les pieds dans un labo depuis 3 mois ! Sauf pour mes triglycérides… Enfin, la bonne nouvelle, c’est que je tiens. Même si, au fond, la trouille me piste, me traque comme une bête, comme un lapin qu’on chasse… J’suis pas guéri, mais je me soigne. »

Ces lignes sont les miennes. Je suis cet homme, ce phobique anonyme. Mais je ne l’ai pas toujours été. Jusqu’à l’année dernière, j’étais un « trompe-la-mort», un cascadeur du quotidien. Le « trompe-la-mort » se moque de l’imprévisible nature de l’existence. Le « trompe-la-mort » est vivant, il torée sa vie. Je crois que ça me vient de l’enfance. Depuis 84, je suis Peter Pan.

1983. Le professeur Luc Montagnier et son équipe isolent un rétrovirus qui serait la cause du « SIDA ». 3 ans plus tard, le virus sera baptisé « HIV ». Dan Kiley, un psychologue praticien, publie Le syndrome de Peter Pan.

J’avais 9 ans et je lisais Okapi spécial Soleil. « La supernova marque la fin de la vie astrale. L’étoile (comme le soleil) implose avant de devenir un astre mort (comme la lune) ». Trait de lumière : le soleil va exploser un jour ; sans soleil, pas de vie ; tous les hommes sont en vie ; on va tous mourir ; je fais partie de « tous » ; je suis un homme : je ne suis pas immortel. Dieu n’existe pas ou alors il s’en cogne. La conclusion s’impose d’elle-même : il faudra vivre, sans peur du lendemain. Ce jour-là, je suis devenu un autre. Ce jour-là, un super-moi est né: je deviens G.

1991. Franck moore, peintre, américain et séropositif, crée le « ruban rouge ». Il s’inspire du « ruban jaune » que les familles des soldats mobilisés pour la guerre du Golfe agrafent sur les vestes militaires dans l’espoir de voir revenir leurs proches.

G. mon bac ! Mention bien, sans rien foutre. G. le melon. Une bonne étoile veille sur moi. G. plein d’histoires d’amour, G. un don avec les filles. G. pas peur du lendemain, G. bien compris qu’il faut se protéger. G. toujours des capotes avec moi. Après tout, ça fait 2 ans qu’on nous hurle « Le plastique, c’est fantastique » ; plus d’un million d’albums vendus, il y a une raison. Ce cri est celui d’une génération qui ne vivra pas sa révolution sexuelle comme celle de ses aînés. Enfants du porno de minuit et de la nique sous cellophane. G.énération Sida : aux sombres héros de l’amer.

G. vu des reportages sur le sida à la télé. G. appréhendé sa force symbolique : le cancer des adultes. Le cancer qui passe par le plaisir. La punition par le pêché. Enfoiré de charpentier nazaréen, il est vraiment tenace, le bougre. G. vu la mort de loin, sur un sofa. G. ressenti un mélange de peur et de dégoût face aux images des corps fatigués. G. camouflé ce ressenti. G. pensé sans le dire que ça n’arrivait qu’aux autres. G. menti quand G. dit : « J’ai pas peur ». G. compris que l’ennemi avait une gueule de virus. Or, Peter Pan n’est jamais malade.

G. tourné un peu la tête et G. décidé qu’il ne « passerait pas par moi ». La décennie sera mienne. Sida ou pas. G. décidé de faire de mes nuits des symphonies pyrotechniques. G. mis le feu.

2010. L’espérance de vie des patients traités par antirétroviraux dans les pays occidentaux les plus riches est plus ou moins égale à celle des séronégatifs.

Juillet : le « trompe-la-mort » est en vacances. Il en a besoin. Rincé. Claqué. 20 piges que G. flambe. Crevé. Il faut dire que depuis 2 ans, G. est papa. G. aime sa femme. G. aime sa fille. Plus que lui même. G. bosse beaucoup. G. Sort beaucoup. G. a 2 vies : la vie de « papa » et celle du « trompe-la-mort ». G. boit énormément mais n’est pas alcoolique. G. tape du trait mais n’est pas tox’, G. jongle. G. est lunaire mais s’en sort toujours. Sacré G. Vraiment rigolo.

G., même épuisé, fanfaronne. G. a plus de 1000 amis Facebook. G. ne fait pas son âge. G. repousse les limites de l’impossible. G. colmate les brèches, depuis toujours. Et pourtant sous le soleil de juillet, cette année G. fatigue. Il a mal aux jambes. G. se demande : « Si je calmais le jeu ? Si je m’arrêtais ? Il se passe quoi quand on arrête ? G. a peur, mais ne sait pas vraiment de quoi. G. a une intuition : et si l’heure était venue de libérer Peter Pan ? De le congédier ? Est-ce que c’est forcément définitif ? Non. Ce soir, G. sort. (…)

Pour connaître la suite, rendez-vous sur ce blog le mardi 29 novembre 2011.

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  1. 2 réponses à l'article “Comment la phobie du VIH a changé la vie d’un adulescent (1)”

  2. Par Caroline le 23 novembre 2011

    Quel talent ! Quel suspens ! Quelle angoisse ! On attend la suite avec impatience…

  3. Par Stephane le 23 novembre 2011

    Toujours au top. Vivement la suite!

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