Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

On n’est jamais aussi fort qu’on pourrait le croire

22 février 2011 par Alain |


Depuis plusieurs années, Eric tient un journal. Il a adressé au Blog Sida un extrait en date du 17 décembre 2010 dans lequel il témoigne de la découverte de sa séropositivité.

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Vendredi 17 décembre 2010 : Voila, ça fait une semaine. Il y a encore huit jours, j’étais négatif dans ma tête mais plus dans mon corps, puisque ma contamination date du 31 janvier 2010. Facile avec le dernier test de faire des recoupements et de savoir quel mec m’a contaminé. Je sais que ce jour-là j’ai pris un risque : une fellation qui va jusqu’au bout tellement l’excitation est grande, des gencives qui saignent (à l’époque, je me faisais soigner les dents). Malgré tout je n’ai rien fait. J’aurais dû aller prendre un traitement d’urgence. Mais bon. Le week-end du 14 février, j’ai eu tous les symptômes d’une primo-infection, mais vraiment tous ! J’ai préféré me persuader que c’était un coup de froid. Puis cela s’est calmé avec une reprise en juin. Ce qui est étonnant quand je relis mon journal, c’est que dans ma tête c’est clair, je suis contaminé ; pourtant, j’ai envie d’attendre la prise de sang annuelle que je fais en janvier de chaque année. A chaque nouveau symptôme, je me dis : « c’est parce que j’ai fait trop de sport », « c’est l’âge » ou « c’est ce truc ! » (le VIH).

Mon portable : je me lève. Un message du Docteur B. me demandant de le rappeler avant 9 h 30 ou après 15 h 30. Pas la peine de me faire un dessin, les résultats ont parlé. Est-ce que je les avais envisagés autrement que positifs ?

C’est comme un contrôle antidopage : tu es positif, donc tu es coupable. Pourtant je ne me suis pas affolé, je suis resté étrangement calme. J’ai pris mon vélo : entraînement, rien de plus normal. Téléphoné à M pour lui dire que je ne pourrai pas partir en même temps qu’eux au stage en Loire-Atlantique. Mentir et dire que je partirai seul le lendemain matin, mais savoir que je n’en aurai pas le cœur.

Je suis allé à la Caisse d’Epargne puis j’ai garé ma voiture sur le parking face à l’église de L. J’ai imaginé l’enveloppe que j’allais retirer au laboratoire, stoïque. Je me suis vu remonter dans ma voiture, fermer les portes, ouvrir cette enveloppe promesse d’une nouvelle vie désormais, aller jusqu’a la dernière ligne et lire le mot : POSITIF ! Car il n’y avait rien d’autre à envisager. Mais ça ne s’est pas passé comme ça.

Laboratoire, quatre femmes et un homme, le docteur M. Des regards qui se tournent vers moi pratiquement tous ensemble quand je dis mon nom. Le docteur qui m’entraîne dans son bureau, m’explique, mais je lui facilite la tâche : je sais, même si je n’ai pas encore discuté avec mon médecin traitant.

– Vous le prenez bien, ça va, y a des gens qui tombent de haut.

– Non, j’ai l’air calme, c’est tout !

Je demande à m’asseoir, comme si on pouvait me le refuser. Pourtant mes jambes ne sont pas flageolantes comme dans les livres, simplement j’ai l’impression que c’est mieux ainsi. Entretien autour de mes résultats, explications ; ça se bouscule dans mon crâne, je ne retiens que l’essentiel, le parcours à suivre : médecin traitant, « Western-Blot », orientation pour le suivi – la prise en charge recommandée en cas de réponse positive au test du VIH.

Un nouveau prélèvement sanguin pour le compte personnel du docteur, pour vérifier le premier résultat, mais « sincèrement pas de doute ». A peine me souvenir qu’il me dit avoir fait une neutralisation hépatite B (en fait, j’ai aussi une hépatite B chronique mais je ne capte pas à ce moment-là).

Au fond, il est bien ; ça ne doit pas être facile d’expliquer à son interlocuteur qu’à présent il va voyager avec la mort s’il ne fait pas attention.

Comme souvent et comme ce sera désormais toujours le cas je suppose, une allusion est faite à mes filles et c’est là que mon inconscient semble s’éveiller. Jusqu’à présent, mon cerveau semblait avoir intégré l’idée, mais là, mon inconscient réveille la vraie réalité, celle de l’amour et des responsabilités. Je contiens une bouffée d’émotion qui monte jusqu’à mes yeux. C’est la première d’une longue, très longue série.

Je sors du laboratoire. Je ne sais même pas si je suis abattu : je suis, c’est tout. J’irai encore faire quelques courses à Intermarché, faire du gazole. Puis coup de fil au docteur, lui faciliter la tâche en expliquant que je suis au courant. Prendre rendez-vous pour le lendemain.

Je rentre à la maison, je stationne la voiture sur le trottoir d’en face et là, pour la première fois de la journée, je plonge mon visage entre mes mains et je laisse venir mes larmes. Ce n’est pas à moi que je pense, c’est à elles. »

Depuis le 12 janvier, je suis suivi au centre d’immunologie de T. Personne n’est au courant de mon infection par le VIH. En l’espace de quelques semaines, tout a changé. L’annonce de cette confirmation (depuis quelques mois, j’avais des doutes vu les symptômes que je présentais) a déclenché un drôle de processus : mon corps a imposé sa loi à mon esprit, je suis usé, fatigué et je ne montre rien. À ma famille, qui vit juste à côté de chez moi, j’ai réussi à faire croire que ma présence à la maison n’était due qu’à un surcroît d’heures travaillées à récupérer. En un mois et demi, j’ai posé des arrêts maladie plus que durant toute ma vie active. Mes CD4 sont à 120. Je ne montre rien mais pourtant quand je suis seul, je pleure, incapable de contenir les bouffées d’émotions qui remontent à la surface.

Quand j’ai mes deux petites filles le week-end, ce sont les moments les plus difficiles : je ris, je vis et elles y sont pour beaucoup, et le pire, c’est que j’aimerais les prendre contre moi pour leur dire encore plus que d’habitude à quel point je les aime…

Mais je ne peux pas car je sais que je vais craquer.

“On ne dit jamais assez à ceux qu’on aime qu’on les aime”.

Eric
Crédit photo : © Tous droits réservés

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  1. 12 réponses à l'article “On n’est jamais aussi fort qu’on pourrait le croire”

  2. Par jobec le 22 février 2011

    Je suis très bouleversé par votre témoignage car j’ai vécu la même chose et de revivre en vous lisant cet instant où on vous apprend au labo que vous êtes séro+… Moi on m’a dit au labo « heu…veuillez nous suivre,on a un problème avec votre prise de sang…glaglagla j’en pleurerais encore maintenant.

    C’est dingue comme nous réagissons tous différemment aux évènements,moi a l’annonce de ma séro+,je suis tombé de méga haut,l’expression « le ciel me tombe sur la tête » étant l’expression vraiment la mieux approprié pour exprimer ce que j’ai ressenti.

    Voilà,moi j’ai appris ma séro+ en même temps que ma compagne,nous avions fait le test comme un routine,ma femme étant enceinte de moi même de 3 mois.

    C’était pour nous une grande première ! devenir parent pour la première fois ! mais devoir également gérer le fait d’être devenu séro+ ! ça fait beaucoup de changement et a gérer…

    Finalement,2 ans après l’annonce de ma séro+,c’est un message d’espoir que je veux te faire passer : la vie suit son cours,elle ne s’arrête pas et peut même continuer a se construire !

    Voilà,je suis toujours avec ma compagne,notre fils a 20 mois et se porte a merveille,il n’est pas séro+.

    Nous vivons malgré notre séro+,une jolie petite vie de famille,nous 3,une vie simple et pleine d’amour ! c’est cucul la praline ce que je dis mais je pense que c’est vraiment là le plus grand des bonheurs et des espoirs.

    Je continue le travail que je faisais avant ma séro+,même si je sens qu’en 2 ans de séro+,je commence déjà a ressentir quelques petites gènes par rapport a avant (d’ordre articulation des genoux notamment,je conduis des cars)…

    J’ai commencé ma tri dès l’annonce de ma séro+,j’étais a 234cd4 et 18%,2 ans après je suis a 450cd4 et 34% et je suis indétectable en charge virale,les traitements se supporte bien et n’empêchent pas de vivre normalement,ce sera pareil pour toi que pour la majorité des gens sous tri thérapie tu verras !

    Et toi aussi,tu reprendras le cours de ta vie,pas comme avant car ce serait faux,mais pas forcément en moins bien qu’avant.

    Finalement,le plus dur ce sera d’accepter a vivre en compagnie de cet intru qu’est le vih dans ton corps et dans ta vie,c’est peut être là qu’est la plus grande difficulté,du côté psychologique,mais il existe des tas de solutions pour ça,un suivi avec un psy pouvant qu’être bénéfique ! et c’est d’ailleurs pour ça aussi qu’il est important de travailler,de continuer a avoir une vie sociale etc…

    Bref,il faut vraiment se dire que rien n’est foutu et que ta vie ne s’arrêtera pas là !

    La vie continue !

  3. Par Eric le 23 février 2011

    Merci pour ton soutient. Je sais qu’il faut étre patient,je sais qu’il faut garder l’espoir. Je sais que la vie peut-étre belle.Je sais aussi qu’il faut laissé le temps au temps. Je sais aussi que le temps present n’est pas la plus agréable période de ma vie. Mais je vais faire comme tous les autres, me battre et continuer à vivre et simplement essayer d’etre heureux avec ceux qui m’entourent.

  4. Par Mikael le 2 mars 2011

    Bonsoir Eric,

    Ton témoignage est très touchant et me rappel le mien paru le 27 janvier… Le début est très dur à faire face mais c’est un cap à passer… Il ne faut en aucun cas relâcher tes forces…

    tu as encore pleins de chose à vivre !!!

    Prend soins de toi à bientôt,

    Mikael

  5. Par Eric le 8 mars 2011

    Bonsoir Mickael,
    Merci pour ton petit mot.On a tout notre propre histoire mais on a tous aussi nos points communs. C’est vrai que l’acceptation est difficile.Mais déja je me sens mieux à défaut de me sentir bien.C’est déja ça.

    Eric

  6. Par benois le 30 novembre 2011

    j’ai lu vos temoignage merci cela me donne un peut de courage merci

  7. Par mira le 11 juillet 2012

    salut eric c’est dure oui on ne sy fait pas mais la vie continue
    vie ta vie et vie encore mieux pour tes deux princesses
    c’est ce que je fais je vie pour ma princesse

  8. Par gilou le 15 octobre 2012

    Salut éric. Tu décris très bien ce moment terrible que tu as vécu avec simplicité, comme tu es et comme je te connais. J’ai connu ça il y a 17 ans déjà, à l’époque on se donnait 10 ans à vivre dans sa tête. Aujourd’hui je suis toujours vivant et on peut se dire qu’on va vivre encore avec. Ce n’est plus la mort qui met son glaive sous le cou, non elle nous accompagne tranquillement, comme tout à chacun finalement. Ces progrès de la médecine, c’est une sacré bonne nouvelle quand même, c’est ça qu’il faut se dire. Le regard des autres c’est autre chose, ça évolue moins vite et c’est encore plein de peurs qu’il nous faut abolir.
    Je te connais, je sais que ton corps et ton naturel auront raison de tout ça !

  9. Par Laura le 26 mars 2014

    Courage à tous, je suis de tout cœur avec vous!

  10. Par murielle le 5 avril 2014

    Bonjour a tous et toutes . Je tiens a vous témoigner a tous mon soutien et je suis personnellement touchée par votre courage et votre force de caractére . Je ne suis pas séropositive mais difficile de ne pas se sentir concerné par cette maladie car personne n’est a l’abri malheureusement . Merci a vous .

  11. Par chris le 22 janvier 2015

    Bonjour moi même etant plus jeune que vous je nest pas encore fait le test la ça fait 3 mois et 1 ssemaine j’ai beaux garder espoir les sumptome me demoralise jour après jour mais voir vos commentaire mon fait comprendre qu’au final nous sommes tous une seul et mm famille qui d’entre vous penserais qu’un jour ils iraient sur un site pour faire couler l’ancre sur ce fleaux moi pour ma part ce le genre de chose que je ne pensais jamais avoir a combattre mais la réalité est bien la je vous souhaite a tous une belle vie a partir de maintenant je ferais des dons pour la recherche en espérant qu’un jour nous soyons tous guéris

  12. Par Inoussa le 3 février 2015

    J’ai les gencives qui saignent il ya plus de 2 semaines et de petits boutons grattant sur l’avant bras alors que tout mes sont protégés. Est ce que je cour un risque?

  13. Par Alain le 3 février 2015

    Bonjour Inoussa, Si tous vos rapports sont protégés par un préservatif, vous ne pouvez pas avoir pris de risque VIH. Les symptômes que vous décrivez n’ont donc rien à voir avec cette maladie.

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