Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Un tragique copié-collé

12 avril 2010 par Alain |

niang

Deux ou trois impressions sur la cérémonie de clôture de la 5ème Conférence francophone sur le VIH/sida à Casablanca (28 au 31 mars 2010)

Aujourd’hui : Homosexualité et VIH en Afrique

L’homme est de haute taille, revêtu d’un boubou blanc, les mains jointes. Il attend que le président de séance finisse de le présenter pour monter à la tribune et s’adresser à l’amphithéâtre comble de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Casablanca. La 5ème Conférence francophone sur le VIH/sida vit ses dernières heures.

La voix de Cheikh Ibrahima Niang s’élève doucement. Il appartient à l’Institut des Sciences de l’Environnement de Dakar et entreprend au fil de son discours de déconstruire l’idée si répandue de l’inexistence historique de l’homosexualité en Afrique et de son importation tardive sur le continent noir par l’étranger, à savoir le Blanc.

Cheikh Ibrahima Niang ne remonte pas à la période précoloniale ou pré-esclavagiste pour argumenter son propos. Il invoque l’Egypte des Pharaons pour rappeler qu’une relation homosexuelle a été décrite entre Horus et Seth. Il prend exemple de quelques mots issus de dialectes africains pour démontrer l’existence lointaine du fait homosexuel dans la culture africaine. En wolof, « gorjigeen » ne signifie-t-il pas « homme-femme » ?! 

L’homosexualité n’est donc pas étrangère à l’Afrique. Comme dans toute société, elle est un fait que le groupe dominant accepte ou condamne.

Dans le cas des pays sous domination française, le choix de la répression s’est dessiné sans originalité juridique à l’indépendance. Au mot près, la même intransigeance ! Au mot près, la même condamnation que le colonisateur ! Cheikh Ibrahima Niang parle de copié-collé, formule qui a beaucoup fait rire les congressistes.   

Pendant ce temps, la répression de l’homosexualité se poursuit en Afrique. Elle entrave le travail des associations sur la prévention et la prise en charge des personnes séropositives et aggrave donc l’évolution de l’épidémie de VIH/sida. Le 26 mars dernier, au Cameroun, trois gays présumés ont été arrêtés dans le hall d’un hôtel de Douala et devront répondre le 7 juin du délit d’homosexualité, passible de cinq ans de prison. C’est ce qu’a annoncé l’Association de défense des homosexuels au Cameroun (Adefho).

Cheikh Ibrahima Niang a encore beaucoup de travail devant lui pour convaincre ses compatriotes africains.

Lire le dossier « Casablanca 2010 » sur le site de Sida Info Service

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