Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Approfondir les questions essentielles

22 juillet 2009 par Alain |

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Hugues Fischer, du Collectif TRT-5*, rend compte chaque jour de la 5ème Conférence IAS 2009

Deuxième journée de conférence. Le rythme est pris. Si la première journée a donné l’impression, d’une certaine manière, d’entendre des choses que tout le monde connaît, c’était probablement parce qu’il est toujours nécessaire de faire le point et de revenir sur ce qui est acquis.

Le deuxième jour de conférence permet alors de rentrer dans le vif du sujet. Ronald Gray a ouvert la plénière du matin par un tour d’horizon des recherches en prévention. Bruce Walker, le célèbre immunologiste, a ensuite brossé un tableau du contrôle immunologique de l’infection. Puis, c’est un économiste de la santé qui a pris le relais pour nous expliquer qu’on peut mieux faire avec l’argent que l’on a, une façon de voir plus sujette à controverse. Enfin, Prashini Moodley a rappelé que le problème de la tuberculose est la question majeure en Afrique quand on parle d’infection à VIH.

Si l’ambiance générale est à la discussion de la place du traitement antirétroviral dans la prévention, tout le monde ne peut que s’accorder sur l’impérieuse nécessité d’améliorer le dépistage. Au-delà, la question numéro un en santé publique n’est pas seulement celle du dépistage mais des données que cela produit en matière de prévalence de l’infection, c’est-à-dire du nombre de gens touchées, ainsi que de la mesure de l’incidence, à savoir le nombre de nouveaux cas. Ces données sont essentielles pour la maîtrise des programmes de lutte contre la maladie dans tous les pays. Mais ils renseignent aussi sur l’évolution de la situation et permettent donc d’évaluer les mesures prises. Pas étonnant donc qu’un symposium ait été prévu par les organisateurs pour discuter de ces questions.

La mesure de l’incidence fait tout particulièrement partie des données difficiles à obtenir parce qu’il est tout simplement impossible de tester toute la population en permanence. C’est donc à partir de méthodes statistiques que cela est évalué en prenant en compte les données produites par le dépistage. Mais encore faut-il ne pas tout mélanger. Seules les nouvelles contaminations doivent être comptées. Le système français de déclaration obligatoire comportant une mesure de l’ancienneté de la contamination a ainsi été cité comme exemple d’un dispositif qui fonctionne pour produire des données fiables qui font trop souvent défaut surtout dans les pays les plus touchés par l’épidémie.

L’intervention la plus remarquée de cette cession était certainement celle de Joseph Amon de Human Rights Watch qui abordait la question du dépistage des « personnes difficiles à atteindre ». Son propos s’est volontairement limité aux homosexuels, aux prisonniers et aux migrants ainsi qu’aux personnes vulnérables, les femmes en particulier.

La question des homosexuels se pose notamment en Afrique où 38 pays considèrent encore les relations homosexuelles entre adultes consentants comme criminelles. Quant aux populations vulnérables, l’orateur a précisé que dans bien des cas les femmes victimes de violences voient leur droits les plus élémentaires bafoués mais il a aussi mentionné la question des hommes qui dans certains endroits ont un accès aux soins moindre que celui des femmes : en Ouganda, par exemple, le dépistage tardif concerne 50 % d’hommes contre 38 % de femmes. Le développement du dépistage doit s’accompagner d’un développement des droits humains, a-t-il conclu.

Du côté des « sciences dures » la question de l’éradication du virus connaît un regain d’intérêt avec les recherches sur les réservoirs. Ils sont pour l’essentiel constitués de cellules immunitaires infectées au repos. De nombreuses recherches ont lieu pour comprendre d’une part comment le virus contrôle l’infection de ces cellules et leur subsistance à l’état latent mais aussi comment les détecter et les détruire. En effet, réactiver ces cellules dormantes pourrait constituer un moyen d’éradiquer le virus puisqu’elles constituent le réservoir de production de virus dans le corps des personnes infectées.

Ces recherches constituent un double enjeu puisqu’elles pourraient déboucher à la fois sur une solution thérapeutique définitive mais elles renseignent aussi sur la physiopathologie du virus et fournissent des outils à la recherche vaccinale.

*Le TRT-5 rassemble huit associations de lutte contre le sida : Actions Traitements, Act Up-Paris, Aides, Arcat, Dessine Moi Un Mouton, Nova Dona, Sol En Si et Sida info Service.

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