Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Une conférence au sud

20 juillet 2009 par Alain |

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Hugues Fischer, du Collectif TRT-5*, rend compte chaque jour de la 5ème Conférence IAS 2009

Neuf ans déjà que l’IAS avait planté son drapeau ici, en Afrique du Sud, à Durban, pour une conférence mondiale dont tout le monde, chercheurs, médecins ou activistes, se souvient. C’était la conférence de l’espoir, celle où l’on avait commencé à croire que c’était possible de venir à bout de ce sida, épouvantable fléau qui marque si profondément l’Afrique. C’est ce qu’a rappelé le président local de cette 5ème Conférence scientifique de l’IAS, le sud-africain HM Coovadia. En guise d’introduction il a encouragé les participants à visiter les hôpitaux de la région pour se rendre compte du progrès gigantesque qui a été accompli mais en même temps à constater aussi l’ampleur de la tâche qui reste à accomplir. Le pays hôte de la conférence est en effet un des premiers sur la liste des pays touchés par le sida puisque ici, une personne sur cinq est séropositive. Cela au moins constituait une bonne raison de choisir Le Cap pour l’organisation de cette conférence.

En général il n’y a rien de moins excitant pour les congressistes que ces cérémonies quelque peu protocolaires et attendues que sont les ouvertures de conférence, faites de discours lénifiants et pleins de bonnes intentions qu’on s’empresse d’oublier à peine la conférence terminée. Mais celle-ci n’a pas déçu les participants parce qu’elle était composée de discours qui ne se trompaient pas de cible et qui constituaient une véritable entrée en matière, une sorte de sas pour pénétrer dans l’atmosphère si particulière d’une conférence scientifique.

Qui mieux que le vice-président de l’Afrique du Sud fraîchement élu, Kgalema Motlanthe, pouvait ouvrir cette conférence et, après un très classique tour d’horizon de la mobilisation dans son pays, souhaiter la bienvenue aux congressistes ? Peut-être une de ses concitoyennes et membre de la très célèbre association activiste TAC (Treatment Access Campaign),  le premier groupe de militants de lutte contre le sida en Afrique du Sud. Il est ainsi revenu à une activiste, Vuyseka Dubula, d’avoir le privilège d’adresser la première intervention en plénière de la conférence. Une intervention simple et claire décrivant la situation telle qu’on la connaît et, face à cela, l’inaction politique mondiale, tout particulièrement après la rencontre récente du G8 en Italie qui a brillé par son absence d’engagements en faveur de la lutte contre le sida.

C’est une autre activiste chaleureusement applaudie elle aussi qui lui a succédé. Françoise Barré-Sinoussi, « notre » prix Nobel de médecine 2008, nous a régalé d’une présentation synthèse intitulée : « Est-il possible de contrôler l’établissement et la persistance des réservoirs ? ». Cet exposé a constitué une entrée en matière de science attaquant de front les aspects de la recherche fondamentale et clinique parmi les plus en pointes actuellement mais elle a aussi permis à la chercheuse française d’annoncer la pré-conférence de recherche fondamentale à Vienne l’an prochain et d’inciter les jeunes chercheurs à s’y intéresser. Enfin, Françoise a conclu par un appel plus politique en déclarant qu’il y a encore un long chemin à faire pour aboutir au contrôle des réservoirs sans savoir quand [ces efforts]  aboutiront. Mais ce qui est plus aisément prédictible c’est que la réduction des efforts internationaux pour l’accès universel aux traitements sera un désastre dont les gouvernements ainsi que leurs dirigeants pourront être tenus pour responsables s’ils n’augmentent pas leur engagement. L’épidémie de sida n’est pas en récession, tout en revêtant un T-shirt de l’association sud-africaine TAC sous les acclamations nourries de la salle. En effet, cette dernière phrase de son discours est le titre de la campagne actuelle initiée par TAC.

Enfin, la conclusion de cette ouverture a été apportée par Stephen Lewis. Ancien envoyé spécial de l’ONU pour le sida en Afrique, il est surtout un infatigable activiste de la lutte contre le sida. Il l’a bien prouvé ce soir en exhortant les scientifiques présents à ne pas s’exonérer de leur rôle de témoin et de peser de tout leur poids partout où ils le peuvent pour faire savoir, expliquer et dénoncer ce qui constitue un frein à la réussite de la lutte contre le sida : l’insuffisance des choix politiques, l’homophobie, les violences faites aux femmes, entre autres. Son discours a été sans la moindre complaisance à l’égard des politiques mais n’a pas non plus laissé le choix à l’auditoire sur son rôle à tenir pour influencer les décisions des gouvernants.

La conférence de Cape Town est ouverte. La place appartient maintenant aux chercheurs.

*Le TRT-5 rassemble huit associations de lutte contre le sida : Actions Traitements, Act Up-Paris, Aides, Arcat, Dessine Moi Un Mouton, Nova Dona, Sol En Si et Sida info Service.

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