Le droit à la vérité
6 novembre 2008 par Docteur Michel Ohayon |Réponse de Sida Info Service à l’article d’Agnès Giard publié dans son Blog « Les 400 culs » : Sexe sans capote : qui paie la couronne mortuaire ?
La capacité d’indignation est salutaire en démocratie, et mon propos n’est certainement pas de vous en faire reproche. Il est aisé de comprendre qu’on puisse être choqué par le contenu d’un site tel que « love gang bang ». Voilà des femmes, jeunes, qui expriment des fantasmes assez crus, assument un mode de consommation sexuel déconnecté du sentimental, en récupérant un vocabulaire emprunté aux gays. Bref, elles expriment un comportement classiquement masculin. Pire encore, elles accordent au sperme une valeur symbolique. Trahison ! Pour se faire frémir l’échine, elles appellent ça du « bareback », sans savoir ce que c’est (et c’est bien normal, le terme « bareback » est utilisé pour désigner tout et n’importe quoi). Et ça n’en est pas, en l’occurrence.
Faut-il tomber dans le panneau ? Oui, si l’on a la naïveté de croire que les gens se protègent. Seules une petite minorité d’hétérosexuels et une large majorité d’homosexuels utilisent des préservatifs. Ce sont pourtant les seconds qui, proportionnellement, sont contaminés, tout simplement parce qu’ils ont 100 fois plus de risques de tomber sur un porteur du VIH, à négligence égale. Aujourd’hui, la prévalence est le principal facteur de risque pour le VIH, et il serait temps de s’en rendre compte.
Il existe, effectivement, un discours bareback dans certains milieux gays. Ces discours ont fait l’objet d’une grande publicité (c’est sulfureux, transgressif et donc excitant). Le bareback est né d’une histoire communautaire où la mort a été présente pendant 20 ans. Plusieurs générations ont construit malgré elles leur identité en intégrant l’existence, presque la fatalité, du sida. Et, c’est vrai, le bareback s’est développé chez les gays au moment où les progrès thérapeutiques ont modifié la signification même de la séropositivité. Je trouve tragique que des hommes, souvent paumés, souhaitent à un moment de leur vie, se faire contaminer. Mais l’épidémie est ailleurs : des personnes se font contaminer par d’autres personnes qui ignorent leur séropositivité. C’est affreusement banal, ça ne donne pas de frissons, mais c’est comme ça que ça se passe.
Votre article laisse entendre que le sida est partout, qu’il se transmet aisément, et que tout le monde va mourir. 120 000 personnes sur 62 millions vivent, en France, avec le VIH. Admettez que ce n’est pas énorme comparé au cancer (que certains auraient, cela étant, « bien cherché », avec le tabac et l’alcool). Cette épidémie n’est pas généralisée (sauf en Guyane, et le bareback n’y est pour rien), et continue de toucher prioritairement, presque mathématiquement, des groupes de personnes à l’intérieur desquels la prévalence est élevée, pour des raisons historiques (environ 1 gay sur 8 est séropositif en France) ou géographiques (il y a toujours un problème dramatique d’endémie en Afrique subsaharienne et dans la Caraïbe). Heureusement, le VIH n’est pas une maladie à transmission automatique (d’ailleurs, ça n’existe pas). La contamination a lieu lorsque plusieurs conditions sont réunies au même moment. Le problème est que nous n’avons pas de moyen fiables d’agir sur ces conditions, d’où la nécessité de la protection. Enfin, et j’entends bien que le discours de Sida Info Service vous a déplu, la mortalité liée au sida s’est effondrée et devrait continuer de diminuer dans les années qui viennent. Et je m’en réjouis. Et je ne vois pas pourquoi un dispositif qui contient le mot « info » dans son nom devrait cacher ce fait. Je me réjouis également de voir que le dispositif de prévention auquel nous participons a permis de contenir l’épidémie dans notre pays. Il y a bien entendu des combats à mener. Comme toutes les maladies infectieuses depuis que le monde existe, le VIH frappera de plus en plus les populations vulnérables et précaires, et c’est cette précarisation de la société qu’il faut dénoncer. Il y a toujours des contaminations (5 200 environ par an) et nous n’avons jamais réussi à descendre en dessous. Nous n’y arriverons que lorsque les personnes qui ignorent leur séropositivité (40 000, quand même) auront bénéficié d’un dépistage et d’une prise en charge adaptée, qui passe par un traitement qui, oui, de nos jours, est efficace et bien toléré. Et, pour votre information, certainement plus, et depuis longtemps, avec 25 médicaments quotidiens.
L’expérience de la séropositivité a changé. Il ne s’agit plus de se préparer à mourir à brève échéance, mais de vivre longtemps, très longtemps, avec une maladie qui va s’insinuer dans les moindres recoins de la vie, rendre parfois insurmontables les actes élémentaires de l’existence, sans la moindre perspective d’un répit, car cette maladie ne disparaît pas. Et, chaque jour, on se dit qu’on aurait pu l’éviter. C’est moins spectaculaire, mais c’est quand même épouvantable, et cela justifie que la lutte continue en prenant en compte cette nouvelle réalité.
Quant à ce que la société paye… C’est bien vous qui écrivez « qu’ils se rendent malades s’ils veulent, mais qu’ils ne demandent pas à la société de payer pour eux », entraînant une débauche de commentaires approbateurs. OK. Allons jusqu’au bout. Excluons de la Sécu tous les fumeurs, tous ceux dont l’indice de masse corporelle est supérieur à 25, tous ceux qui ne mangent pas leurs 5 fruits et légumes par jour, qui ne font pas de sport. Et en voulant moraliser la société (ou la responsabiliser, c’est plus chic) vous vous rendrez compte avec effroi que vous aurez exclu tous les pauvres.
On ne luttera pas contre le sida en prenant pour argent comptant les provocations souvent puériles d’individus qui ne font pas le dixième de ce qu’ils disent. On ne luttera surtout pas non plus en racontant des histoires à faire peur. Nous ne sommes plus dans les années 1980, et je suis toujours surpris qu’on nous demande de déformer la réalité de l’épidémie au nom d’une pseudo-pédagogie de la peur. Le VIH détruit bien assez les vies de ceux qui le portent pour qu’on ait besoin d’en rajouter. Et chacun a droit à la vérité.
Le docteur Michel Ohayon est coordinateur médical à Sida Info Service
11 réponses à l'article “Le droit à la vérité”
Par Fred le 6 novembre 2008
Vos propos monsieur le « docteur » semblent se situer à l’opposé des discours « anti-SIDA » admis par l’ensemble de la communauté internationale. Vous mélangez dans le même discours des faits clairement établis et légitimes à des considérations purement personnelles, de quoi noyer le poisson si j’ose dire. Cela s’appelle du SOPHISME, pratique linguistique réellement méprisable. Vous me faites peur, et j’ose espérer que votre OPINION de cette pratique sexuelle déviante restera cantonnée à l’intérieur de votre petite cervelle. En résumé, arrêtez monsieur le « docteur » de nous prendre pour des cons !!
Par Romain le 6 novembre 2008
C’est drôle, après vous avoir lu, j’ai la douce sensation qu’un rapport sexuel non protégé est aussi dangereux qu’une cigarette ou qu’une entrecôte. Merci Monsieur, vos propos me rassurent chaudement : toutes ces sentinelles du SIDA m’ayant accompagné du collège à l’université n’étaient en fait que de vulgaires réactionnaires légèrement coincés et étonnement alarmistes. La capote, c’est donc pour les ringards.
Par Jeanlouis le 6 novembre 2008
En provenance du blog d’Agnès je ne peux m’empêcher de préciser qu’il ne s’agit pas de fantasmes de jeunes femmes, mais simplement d’une déclinaison particulière de le prostitution exercée couramment en Belgique sous forme de gang bang, et dont la publicité y est libre quelque soit le média.
Je connais ce site belge, dont les protagonistes officient vers Verviers/Liège. Il faut savoir que le gang bang est désormais une véritable institution des rapports sexuels tarifés au plat pays. La raison majeure je crois en est que se payer une fille pour soi seul est trop onéreux, c’est en quelque sorte l’équivalent du covoiturage. Certaines, dont sur ce site, pour se démarquer et attirer une clientèle spécifique, font du bareback, ou appelé ainsi. Parfois il est faux, certaines utilisent un préservatif féminin, et seuls les hommes prennent un risque.
Mais ce site et le bareback sont quelque chose de très exceptionnel en Belgique, même si le sexe y est beaucoup plus pratiqué, sous toutes ses formes, qu’en France. En fait le port du préservatif systématique est vraiment bien plus répandu, d’ou peut-être plus d’attrait de certains pour cette pratique inhabituelle. Ce genre de site parait très choquent en France mais attention il provient d’une autre culture sexuelle, même en langue francaise, et ne peut pas être apprécié avec nos normes.
Par expattt le 7 novembre 2008
Merci Dr Ohayon. La violence et la haine qui se déchaîne sur le blog d’Agnès Girard et dans les commentaires qui suivent votre droit de réponse font froid dans le dos. On voit bien ici que l’intolérance et l’incompétence n’empêche pas les ignorants de juger, affirmer, condamner, s’enfermer dans une haine irrationnelle, construire des bouc-émissaires déconnecté de la complexité du réel. Le pire c’est que leur aveuglement est contre-productif pour eux-mêmes, car il nourrit la séropophie, développe la pénalisation de la transmission du VIH, et entretient l’image pestiférée du séropo. On aurait certainement pas gagné la bataille du Sida parmi les utilisateurs de drogue par injection avec ces gens là. On ne gagnera pas la guerre contre le VIH avec de telles diatribes dignent des pires idéologies totalitaires. Je suis triste.
Par deef le 9 novembre 2008
Je réagis ici, suite à l’article d’Agnès Giard, comme j’ai également réagi sur son blogue parce que vraiment, moi aussi, j’hallucine !
J’hallucine et je suis très en colère, de lire de tels propos de la part d’un soi-disant médecin, et d’autre part, de relire encore ici les commentaires pour le moins inconséquents d’expattt.
Ni Agnès, ni moi, ni quiconque sur son blogue n’a jamais, JAMAIS — relisez donc les commentaires avant d’asséner ce genre de propos pour le moins mensongers — dit qu’il fallait cesser de soigner les séropositifs ou les gens qui se découvrent tels après des pratiques à risque (quelles qu’elles soient).
Ce que Agnès dit et je la soutiens, et ce que je dis aussi, et si voulez on en parle de vive voix quand vous voulez (si vous en avez seulement le courage) c’est que ce genre de pratiques imbéciles, et je pèse mes mots, met en danger tous ceux qui ont besoin des traitements et surtout, qui ont besoin que ces traitements restent gratuits.
Vous ne me ferez jamais croire que de ce ces soirées comme les organise le Banque club, ou d’autres établissements, aucun des participants ne ressort plus « sain » qu’il n’y est entré !
Oui, monsieur le « docteur », oui expattt, le bareback provoque des surcontaminations et même plus que ça ; j’en connais des barebackeurs : ils sont sans cesse chez leur toubib pour se faire soigner de toutes les saletés que l’on peut attraper en ayant ce genre de pratiques lamentables. Et vous le savez bien, si vous êtes si bon médecin que ça, des « saletés », il y en a des tonnes et il y en a même de nouvelles qui apparaissent sans arrêt À CAUSE de ces pratiques !
Le résultat c’est quoi ? C’est que à l’heure actuelle, je ne vous ferai pas un dessin sur les conditions économiques dans lesquelles nous vivons, il n’en faudra pas beaucoup plus pour qu’un jour notre société ne veuille plus ou ne PUISSE tout simplement plus rembourser les traitements. Parce que ça coûte extrêmement cher.
Et qu’à défendre ces pratiques, ou pour le moins à les excuser, on ne fait que les encourager, les propager, et qu’ensuite ce sont des jeunes et des populations nouvelles qui se font contaminer tous les jours parce que ça devient une banalité.
Et encore une fois, au final, ceux qui font attention, ceux qui se protègent, qui essaient de ne pas tomber malade et de ne surtout pas abîmer leur santé et de respecter celle des autres, ce sont ceux-là qui paieront pour les folies meurtrières de quelques uns.
Ce n’est pas être totalitaire que demander aux gens d’être un minimum responsable tout de même ! Les mots ont un sens et je pense que 1) vous devriez vous plonger plus souvent dans votre dictionnaire ; 2) vous devriez aller faire un tour dans un pays totalitaire pour voir comme on y « soigne » les séropositifs…
Par snab le 9 novembre 2008
Merci de votre réponse à cet immonde article réactionnaire, passeiste, vil et fiéleux qui mérite toute notre indignation. Merci à vous !
Par deef le 10 novembre 2008
Je tiens à préciser une chose au Dr Ohayon (ainsi qu’à certains commentateurs ici même ou ailleurs) fustigent Agnès Giard parce qu’elle écrit à propos des barebackeurs « qu’ils se rendent malades s’ils veulent, mais qu’ils ne demandent pas à la société de payer pour eux », en lui répondant qu’il faudrait donc à ce titre ne plus prendre en charge non plus les conducteurs imprudents ou les fumeurs ou encore les obèses « parce que eux aussi ont des pratiques à risque » (ce qui n’a en aucun cas été le propos d’Agnès ni le mien d’ailleurs), voici que je j’ai envie de leur répondre :
fumer est désormais interdit partout, dans tous les lieux publics et il y a sans cesse des campagnes de prévention et de lutte contre le tabagisme ; conduire en état d’ivresse ou en dépassant les limites autorisées est interdit, condamné et pénalisé ; l’obésité fait également partie des programmes de prévention de la santé publique et l’objet de campagnes régulières d’information.
Donc, s’il n’est pas question d’interdire les pratiques sexuelles à risque entre adultes consentants, il n’y a aucune raison non plus de les légitimer : au même titre que le tabac, l’alcool, la vitesse au volant, il faut les condamner (non pas les « interdire » mais les condamner sans appel et surtout sans ambiguïté).
Il faut lutter contre et organiser davantage de prévention et faire passer le message comme quoi ce sont des pratiques dangereuses et mortifères pour la santé et celle des autres et — zut mais c’est vrai — qui sont irresponsables envers la Sécurité Sociale dont nous avons tous besoin !
Par LeFaun le 25 novembre 2008
Le seul résultat de cet article plein de haine et d’indignation d’A. Giard envers des personnes malades, c’est d’exclure encore plus les séropositifs de la société. Les homosexuels séropositifs sont forcés de ne plus faire l’amour qu’entre eux, par crainte de la haine, qui se transforme parfois en violence, et en procès, voilà le seul résultat de vos condamnations morales. Elles ne soignent pas ceux qui sont atteints de cette maladie chronique, mais elles leur pourrissent la vie. Les comparaisons avec le tabac et la conduite en état d’ivresse sont stupides, car on peut arrêter de fumer, de conduire, et de boire de l’alcool, on ne peut pas cesser d’être séropositif. D’ailleurs tout le mobnde fait comme si les séropositifs étaient responsable d’être malades, comme si la maladie résultait d’un péché, d’une faute ou d’un mauvais comportement ( »pratique à risque », comme s’il existait des relations sexuelles sans risque). Si les séropositifs le sont, après tout c’est bien de leur faute, ils ont mal agit, pourquoi les plaindre ? Ils sont seulement digne de la haine et de l’opprobre publique et privée. C’est une vision archaïque de la maladie, certains vont même jusqu’à parler d’une punition de Dieu. Bref toutes ces condamnations morales sont également abjectes, concernant des personnes victimes d’une maladie que pour la plupart, ils auraient voulu éviter. Mais non, tous coupables, donc tous condamnables. Vous me donnez envie de vomir.
Par LeFaun le 27 novembre 2008
Encore une chose : on ne peut pas mesurer la valeur d’une vie humaine. La valeur d’une seule vie humaine est infinie, et ne peut donc être calculée. Par suite tous les milliards de dollars de la Terre ne valent pas une seule vie humaine. Ces calculs, avaricieux et cupides, du prix des médicaments et des traitements, révèlent donc une chose : ceux qui utilisent ces arguments considèrent que la vie humaine ne vaut rien, et que seule a de la valeur l’argent lui-même. On est là au coeur de l’abjection contemporaine.
Par Saadou le 11 décembre 2008
a quand le vaccin
Par Bradley le 10 mars 2010
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