Un Nobel pour la sexualité
7 octobre 2008 par Docteur Michel Ohayon |
En 1965, Jacob, Lwoff et Monod recevaient le prix Nobel de médecine pour leurs découvertes fondamentales sur l’ADN. 43 ans plus tard, le prix est attribué à Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier pour la découverte d’un virus capable de triturer l’ADN, de jouer avec lui de ses failles, au point de provoquer une maladie qui a changé le monde. Ceux qui profiteront de l’occasion pour louer la vivacité de la recherche française se rappelleront qu’entre 1965 et 2008, aucun prix Nobel de médecine n’a honoré de Français. Raison de plus pour couvrir de louanges des individus et des équipes qui se distinguent par leur ténacité dans un environnement qui ne leur est guère favorable.
Mais notre satisfaction n’est pas que cocardière (certains ont écrit que ce prix réglait la controverse avec Robert Gallo, qui est pourtant tranchée depuis longtemps). Considérer la découverte du LAV (futur VIH) comme fondamentale dans l’histoire de la médecine rappelle à la fois à ceux qui l’auraient oublié l’impact de cette maladie sur l’histoire de l’humanité au cours des 30 dernières années, ainsi que les formidables avancées scientifiques induites par l’apparition du sida, qui nous placent aujourd’hui, en théorie, en situation de pouvoir maîtriser l’épidémie. La balle est dans le camp de la politique et de l’économie.
Il serait injuste d’oublier, pour cause de « non francité », le 3ème Nobel de médecine 2008, Harald zu Hausen, qui a mis en rapport les papillomavirus humains et le cancer du col de l’utérus. D’autant que l’association de ces chercheurs n’est certainement pas un hasard.
Sida, hépatite B, cancer du col de l’utérus sont 3 maladies virales, mortelles, à l’origine de millions de morts chaque année dans le monde, qui ont le point commun d’être sexuellement transmissibles. Il existe plusieurs manières d’interpréter cette réalité. Revenir à un fondamentalisme sexuel répressif, suivant la position de l’actuelle administration américaine, largement diffusé dans les pays du Sud, avec les résultats qu’on sait.
Hurler au retour des grandes épidémies, et donc oublier qu’elles n’avaient jamais disparu. Ou se dire que la santé sexuelle fait partie de la santé, en est une composante essentielle, fondamentale … Sauf dans l’éducation à la santé.
C’est pour nous le principal message de l’académie Nobel, et nous nous efforcerons d’en tirer les enseignements.
Crédit photo : © Alain Miguet
Une réponse à l'article “Un Nobel pour la sexualité”
Par totalkheops le 7 octobre 2008
Bravo et merci pour ce texte. Juste. Juste reconnaissance que ce nobel pour le travail de ceux qui se sont mobilisés dans l’urgence dans les années 80. A l’époque la recherche allait vite. Elle était ambitieuse, elle visait le vaccin, la guérison. Mais il ne semble pas que d’autres solutions s’offraient alors à part ne rien faire. Et aujourd’hui ? Alors qu’en occident, l’urgence s’est effacée… le message de montagnier est juste lui aussi quand il dit qu’on ne peut pas se satisfaire de la situation actuelle et qu’il n’est pas entendable que la recherche vaccinale soit sans avenir…