Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Arts et Sida (1/5)

15 août 2008 par Alain |

Etre libre

Depuis 25 ans, de nombreux artistes se sont emparés du thème du sida : écrivains, cinéastes, chanteurs… Pour le Blog Sida, Mikolaj, jeune séropositif, commente 5 chansons qui l’ont particulièrement touché. Aujourd’hui, Etre libre, interprétée par Frédéric Lerner. (1/5)

Naturellement, en évoquant Frédéric Lerner, vous penserez immédiatement à son dernier tube Plus là, chanson triste et mélancolique à souhait, ou au générique d’Un Gars Une Fille. Eh bien non ! Je vais vous parler de son deuxième opus, celui qui a le moins bien marché, mais qui renferme pourtant des trésors dont une chanson fabuleuse. Une chanson oubliée car si peu passée à la radio, si peu médiatisée, absente des grandes manifestions de lutte contre le sida. Un comble alors qu’elle représente si bien la vie des séropos. Permettez-moi de l’évoquer d’une façon un peu personnelle.

Nous sommes en mars 2005.  Quelques jours avant mes 25 ans, on m’apprend que je suis séropositif. C’est la fin du monde. Pour me remonter le moral, des amis m’invitent à la campagne pendant quelque temps afin de faire le point. Dans la voiture, je regarde le paysage défiler comme ma vie. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Pourquoi cette maladie tue-t-elle ? Pourquoi déchire-t-elle tant de familles, tant d’amis ? Je ne comprends pas qui elle est, ce qu’elle me veut !

Mon pote a mis un CD de Frédéric Lerner. Sympa. Il parle plutôt bien des problèmes de la vie quotidienne. Mais je n’écoute que d’une oreille. Arrivé à la dernière chanson, je ne sais pas pourquoi, je n’entends plus rien d’autre qu’elle. C’est une révélation, une rencontre avec le sida, avec moi-même.

Etre Libre est une chanson que Frédéric Lerner a écrit pour son ami lorsque celui-ci lui a appris qu’il était séropositif.

Je n’ai jamais autant pleuré de ma vie pour une chanson. Elle est, et je pense qu’elle le restera à jamais pour moi, la chanson de ma vie.

Je me suis dis : Enfin, quelqu’un me comprend. Il s’est mis à ma place, à notre place. Et d’une façon magistrale car il a personnifié le sida. Etre séropo, ce n’est pas comme si nous étions deux dans un même corps, dans un combat éternel contre la mort. Vous nous demandez de l’espoir ? OK. Mais la vie a un goût si amer. Nous, nous ne demandons pas grand-chose. Juste de pouvoir aimer. D’être libre.

Il est là je le sens
A l’intérieur de moi
Il est là je l’entends
Qui me parle tout bas
Il est là et pourtant
Je le connais pas

Il est là il me prend
Et se moque de moi
Il nage dans mon sang
Et me suit pas à pas
Qui est-il vraiment ?
Qu’est-ce qu’il fait là ?

Tu vois, j’ai l’impression
De lui appartenir
D’être là comme un con
A attendre le pire
Je ne contrôle plus ma vie
Car maintenant c’est moi et lui

Il est là il s’endort
Puis vient me réveiller
Il est là il m’ignore
Puis il vient m’attaquer
Il m’abîme, me dévore
Il veut gagner

Il est là il est fort
Il fait tout ce qu’il veut
Il joue avec mon corps
Et me tue peu à peu
Dis-moi, est-ce qu’on s’en sort ?
Ne dis rien c’est mieux

Tu vois, j’ai l’impression
D’être deux dans mon corps
D’être là comme un con
A attendre la mort
Je ne contrôle plus ma vie
Tu sais maintenant moi c’est lui
Et tu as beau me dire
De ne pas trop m’en faire
De garder le sourire
D’être fort, d’être fier
Que la vie continue
Et que rien n’est perdu
Mais est-ce que tu crois vraiment
Que je peux faire semblant
Faire semblant d’être heureux
Comme si de rien n’était
Crever à petit feu
Oublier qui j’étais ?
Est-ce que tu crois qu’on peut
Vivre sans y penser
Se dire qu’il y a un bon Dieu
Que rien ne peut nous arriver ?

Je voudrais pouvoir m’enfuir
Tout quitter, l’oublier
Retrouver le plaisir
Réapprendre à aimer
Ces parfums qu’on respire
Ce goût à partager
Une vie à écrire
Si seulement je pouvais
Etre libre
Etre libre
Comme avant être libre

Il est là je le sens
A l’intérieur de moi
Il est là je l’entends
Qui me parle tout bas
Il est là et pourtant
Je le connais pas

Il est là il me prend
Et se moque de moi
Il nage dans mon sang
Il me suit pas à pas
Qui est-il vraiment ?
Qu’est-ce qu’il fait là ?

Etre libre
Etre libre
Etre libre
Pour être libre

Photo : Tous droits réservés

  1. 3 réponses à l'article “Arts et Sida (1/5)”

  2. Par coco212 le 16 août 2008

    magnifique paroles!

  3. Par wendoo le 16 août 2008

    C’est la description d’une fatalité, hélas bien trop présente encore…
    Ce genre de chansons est bien trop peu médiatisée car ça dérange et surtout ça ne rapporte pas assez de fric !

  4. Par mikolaj le 3 septembre 2008

    et oui wendo mais elle a le mérite d’exister est c’ets pour cela que je vous conseil de la faire connaitre un max a vos proches

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