Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

AIDS 2008 : Estigma, discriminacion y derechos humanos

9 août 2008 par Docteur Michel Ohayon |

Stand associatif dans le Global Village

De quoi aura traité la XVIIème conférence mondiale sur le sida ? Avant tout, et c’est peu de le dire, des droits de l’homme et de leur place centrale dans l’approche globale de l’épidémie à VIH.

Pour la première fois, on aura abordé largement la question de l’épidémie dans les situations de guerre ou de crise. Pour la première fois, les politiques de différents pays auront été dénoncées, et notamment les lois au mieux discriminatoires, au pire scélérates, qui sous couvert de protéger une certaine idée de la morale n’encouragent que la clandestinité, les prises de risque, le quasi génocide de segments « indésirables » de la population  et la prévarication de ceux qui sont chargés d’appliquer la loi. Pour la première fois encore, on aura vu prendre toute sa place une parole des transsexuels et travestis, indépendamment de l’habituel fourre-tout LGBT ou de la question du travail du sexe. De la même façon, les travailleuses et travailleurs du sexe ont-ils montré, dans le monde entier, à la fois leur capacité à se mobiliser, à structurer leurs revendications et leurs objectifs de prévention, et leur courage face à la dénonciation d’attitudes criminelles développées institutionnellement à leur encontre. On aura parlé également de la situation des communautés mobiles, souvent natives (on pense évidemment aux communautés amérindiennes migrant dans les grandes villes d’Amérique Latine) exposées à la pauvreté, et entre autre au sexe négocié, tout en étant largement exclues des dispositifs d’information et de prévention.

Et enfin, et ce sera peut-être une découverte pour ceux qui ont pendant 20 ans critiqué une prédominance de la voix des gays dans la lutte contre le sida, la conférence de Mexico a fait le constat d’un échec systématique, absolu et généralisé, dans la réponse apportée à l’épidémie chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH).

Du coup, le passage d’une session à l’autre était souvent très troublant pour le congressiste. D’une part, on assistait à des sessions au cours desquelles des militants associatifs venaient présenter leur travail, et leurs réussites, tandis que d’autres représentants des mêmes pays montraient combien ils avaient mis en place des solutions pertinentes et pérennes, alors qu’enfin d’autres militants dénonçaient l’absence de politiques mises en place. Ce cas de figure était particulièrement frappant lorsqu’on parlait des politiques en direction des usagers de drogues dans les pays d’Europe de l’Est, ou de la situation des homosexuels en Afrique (ou en Europe de l’Est où il se passe tout de même beaucoup de choses inquiétantes). Et il faut, vraiment, saluer très bas le courage de tous ces mouvements de travailleurs du sexe, d’homos, d’usagers de drogues, de militants des droits de l’homme qui affrontent des contextes à côté duquel le nôtre, en France, malgré une absence scandaleuse des représentants du pays, serait presque un jardin enchanté.

La stigmatisation et la discrimination ne sont pas que des attitudes sociales, Elles revêtent souvent un habillement légal, et il est montré, établi, confirmé et reconfirmé que les lois anti-drogués, anti-prostituées, anti-homos participent directement de l’extension de l’épidémie. Quand, au sujet des usagers de drogues, certains pays parlent de soins, il faut comprendre prison, dans les conditions les plus épouvantables qui soient. Quand, au sujet des travailleurs du sexe, on parle de protection de la morale, de prévention des attitudes indécentes, il faut traduire cela par violences policières, corporelles, sexuelles, et extorsions. Et lorsqu’on emprisonne des militants gays de la lutte contre le sida en Afrique, on développe une épidémie que nul ne soupçonne.

La révélation universelle de « l’épidémie cachée » chez les HSH aura été l’un des temps forts de la conférence sur lequel il faut s’arrêter. Le discours connu depuis 25 ans dit qu’il existe une épidémie chez les homosexuels masculins occidentaux, qui est d’ailleurs en pleine réactivation, tandis que, dans les pays du Sud et, de fait, dans la majorité du monde, l’épidémie est hétérosexuelle, parfois associée à l’usage de drogues. Mais c’est oublier que, dans la plupart des pays en question, les homosexuels n’existent tout simplement pas pour les instances publiques. Et cela vaut pour l’Afrique, l’Asie, l’Amérique Latine à un moindre degré, et la plupart des pays d’Europe de l’Est (ce qui a été rapporté ici et là d’Ukraine, par exemple, est à frémir, quelle que soit la communauté qu’on considère). Non seulement l’épidémie n’est pas étudiée, mais les HSH n’ont pas accès à l’information, à la prévention, voire aux soins. Si bien que, en Afrique par exemple, certains HSH pensent que le sida ne s’attrape qu’avec les femmes. Et, au final, c’est en occident que la prévalence du VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes est la plus faible, quand on voit qu’elle peut atteindre 20 à 40 % dans nombre de communautés africaines. En rappelant que 4 % des budgets de prévention sont consacrés à ces minorités indésirables qui représentent une part extrêmement importante de l’épidémie.

Car, et c’est bien là qu’il faut en venir, il n’y a pas une épidémie généralisée de VIH/sida. Il y a une multitude d’épidémies, qui reflètent un contexte où des populations se trouvent en situation de déni de leurs droits fondamentaux. Cela concerne également les minorités dont nous avons parlé (qui ne sont pas des minorités dans l’épidémie), mais aussi les femmes victimes des rapports de genre, les hommes victimes également des rôles sociaux qui leurs sont attribués, et toutes les situations où la loi va participer de la négation des droits fondamentaux.

Le sida nous apprend que le monde dans lequel nous vivons fonctionne avec des lois qui ne nous protègent pas, au contraire. La déclaration universelle des droits de l’homme s’applique à tous les pays et constitue le seul corpus sur lequel s’appuyer pour lutter contre une épidémie qui s’accroche aux violations des droits fondamentaux. Le droit au soin est évidemment l’un d’eux, et encore une fois, l’objectif d’un accès universel au traitement en 2010 est fondamental. Mais tous ceux qui sont discriminés, exclus, emprisonnés pour leur mode de vie, leur origine, leur métier, leur état de santé, leur orientation ou leur identité sexuelle, n’auront accès à aucun traitement. Seulement à la maladie.

La question des droits de l’homme est donc au centre de la réponse globale à l’épidémie de VIH/sida comme elle l’a été au sein de cette conférence.

Crédit photo : © Alain Miguet

  1. 2 réponses à l'article “AIDS 2008 : Estigma, discriminacion y derechos humanos”

  2. Par wendoo le 16 août 2008

    Ce que je trouve vraiment navrant, c’est que l’on parle du sida uniquement pendant les quelques jours de SIDACTION, uniquement parce que c l’occasion d’ecouter de la musique …
    Le sida, il est là quotidiennement. Chez tout le monde.
    Puis surtout, comme vous dites il n’y a pas que le sida mais bien d’autres mst, dont la retour de la syphillis.
    Je suis pr le moins atterré quand je sais que certains individus refusent le port du préservatif. L’abus d’alcool et de drogues sont certainement les facteurs principaux de cette réactivation épidémique.

  3. Par coco212 le 19 août 2008

    je suis pas sur que lalcool et les drogues jouent alors oui on peut ne pas se protéger sous leffet de certaines substances mais je pense que cest aussi aux gens de prendre conscience de la nécessité de se protéger et beaucoup ne se protégent pas et n’ont pas consommé pour autant
    ca doit jouer mais cest pas la cause de tout

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