AIDS 2008 : transmission du VIH et pénalisation
6 août 2008 par Alain Miguet |
Plusieurs pays ont adopté petit à petit des mesures punissant une personne séropositive pour avoir transmis le VIH à un ou une partenaire. Au cours de la conférence, plusieurs sessions ont abordé cette question dont une a permis de faire la différence entre les pays du Sud et un pays « du Nord », à savoir l’Australie.
En Afrique, de nombreuses filles sont victimes de violences sexuelles de la part d’élèves ou de professeurs et certains de ces abus ont pour conséquence une contamination par le virus du sida.
Selon les pays, de 16 à 47 % des filles sont concernées par ces violences.
Les femmes trouveraient-elles alors un intérêt à la criminalisation de la transmission du virus ? Non, répond une intervenante, pour qui ces politiques publiques seraient inadaptées. Elle estime préférable d’engager un travail de fond pour lutter contre les violences faites aux femmes, l’égalité des droits hommes / femmes et l’indépendance financière des femmes qui passerait notamment par l’accès au crédit.
En Australie, comme dans bien d’autres pays d’ailleurs, deux philosophies s’entrechoquent, celle de la loi criminelle et celle de la santé publique.
Depuis des années, en matière criminelle, chaque Etat australien traite les affaires de transmission du VIH selon ses propres lois. Si la transmission du virus entraîne « une maladie ou des blessures sérieuses », les peines peuvent varier de 2 à 10 ans de prison.
En juin 2007, les ministres australiens de la Santé ont décidé de se réunir pour adopter une position commune. Ils sont convenus que la mise en place d’une politique de santé publique était préférable à la pénalisation. Une campagne d’information a été lancée avec deux affiches. La première rappelle que chacun est partenaire de sa santé et de la santé des autres, la seconde que le préservatif reste aujourd’hui le meilleur anti-virus.
Un dernier intervenant a évoqué ce qu’a déclaré un séropositif vis-à-vis de la pénalisation de la transmission. « Pour moi, a-t-il dit, la criminalisation a restigmatisé le VIH alors que je commençais à vivre une existence ordinaire… »
Cet intervenant a aussi posé une question qui n’est pas aussi ubuesque qu’elle en a l’air : pourquoi un enfant ne porterait-il pas plainte contre sa mère pour l’avoir contaminé ?! Si on continue à envisager la pénalisation, on pourrait bien arriver à ce type de stupidité.
Crédit photo : © Alain Miguet