AIDS 2008 : Des migrants à risque
5 août 2008 par Alain Miguet |
Stéphane Vinhas coordonne l’action de Médecins du Monde en faveur des migrants dans les villes de Tijuana et Mexicali, situées à la frontière nord du Mexique. Pour le Blog Sida, il explique la complexité de son travail.
Au Mexique, la prévalence sida fait partie des plus faibles d’Amérique Latine (0, 3 %) même si le nombre de personnes infectées est tout de même élevé. Chez les migrants, le public qui nous intéresse particulièrement à Médecins du Monde, la prévalence est de 1, 3 %. Cette population nous intéresse car de nombreux migrants viennent d’Amérique Centrale et traversent le Mexique pour se rendre aux Etats-Unis. Beaucoup de Mexicains essaient eux-mêmes de passer la frontière.
Au Mexique, l’accès aux antirétroviraux est potentiellement gratuit. Il suffit de s’inscrire à un programme national et les médicaments sont prescrits. Cependant les migrants ne peuvent pas y accèder car, par définition, ils ne s’insèrent pas dans une stabilité permettant un suivi adminstratif. or, pour avoir accès aux ARV, une adresse fixe est obligatoire, une mesure destinée à éviter les trafics.
Médecins du Monde organise des sessions de formation et d’information sur le VIH/sida : comment s’attrape la maladie, comment se protéger, comment utiliser un préservatif ? Nous proposons aussi des tests de dépistage. Si les personnes sont séropositives, elles sont orientées vers les services de santé officiels pour qu’elles puissent bénéficier éventuellement d’un traitement. Le problème, c’est que bien souvent les migrants passent la frontière, perdent leurs médicaments et n’ont pas de suivi régulier.
Notre programme à Tijuana et Mexicali a démarré en 2005 et prendra fin en octobre de cette année. L’idée est qu’il soit repris par le secrétariat à la Santé et par les Capasits, les centres ambulatoires de prévention pour les maladies sexuellement transmissibles et le sida.
Il reste encore beaucoup à faire car si c’est une chose de distribuer des préservatifs, il est aussi nécessaire d’éduquer les migrants à la responsabilité sexuelle. Il y a encore aussi beaucoup de stigmatisation sur l’utilisation du préservatif. Beaucoup de migrants et de migrantes refusent d’en entendre parler.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce n’est pas la migration en elle-même qui fait que le risque VIH augmente, c’est plutôt le processus de migration et toutes les pratiques à risque que peuvent avoir les migrants durant leur trajet. Ils sont loin de leur famille, ils subissent la violence, la pression du voyage et le risque de prendre des drogues. Dans de telles conditions, le risque que le sida augmente dans cette population est très important. Nous, à Tijuana et Mexicala, nous sommes à la fin du processus de migration avec des gens qui ont déjà développé des pratiques à risque. Voilà pourquoi il nous paraît nécessaire de prendre en charge les migrants dès le départ de leur pays sur tout leur parcours migratoire.
Crédit photo : © Alain Miguet