Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

AIDS 2008 : ACCION UNIVERSAL. YA !

4 août 2008 par Docteur Michel Ohayon |

Ouverture de la conférence sur le sida

C’est parti pour la 17ème conférence internationale sur le sida, qui se tient, pour la première fois, en Amérique Latine, et plus précisément à Mexico, mégalopole où l’endémie à VIH reste d’ailleurs relativement modeste.

L’incantation à l’action universelle, maintenant, n’est pas nouvelle. Certains se rappelleront d’un slogan récent, « access for all » qui disait peu ou prou la même chose. C’est dire les difficultés qui persistent à apporter à chacun le même accès à la prévention et aux soins. Et c’est peut-être le sens de la tenue de cette conférence en Amérique Latine, une région où, malgré des problèmes de développement, de pauvreté, d’inégalité, de violence et de discrimination, un vrai travail a été fait autour du VIH, y compris dans la mise à disposition des traitements.

Selon Peter Piot, de l’ONUSIDA, intervenant à l’ouverture de la conférence, dimanche soir, nous vivons un tournant dans l’histoire de l’épidémie. Pour la première fois, en effet, la mortalité a diminué dans le monde, ainsi que le nombre de contaminations. Il faut y voir, bien entendu, les effets de l’augmentation du nombre de personnes atteintes bénéficiant d’un traitement, notamment dans les pays à faibles ressources. Et c’est une raison supplémentaire de réclamer l’universalité des soins immédiatement. Qui pourrait encore regarder ceux qui, sur le bord de la route, voient passer des solutions qui leurs sont interdites et qui pourtant ont fait leurs preuves. Rendez-vous est donc donné en 2010, dead line fixée pour une diffusion mondiale des moyens thérapeutiques modernes. Du coup, il va falloir de plus en plus d’argent. L’Amérique du Nord, et le plan de lutte rendu très récemment public par le président Bush, a fait l’objet d’un hommage appuyé de plusieurs intervenants, dont le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, et aurait été la vedette de la soirée si Maria Teresa Fernandez de la Vega, vice-premier ministre espagnol, n’avait annoncé une nouvelle contribution de son pays à la lutte contre le sida dans le monde.

Si ce tournant est majeur, il ne signe pas la fin du sida. Chacun s’accorde à dire que nous avons de nombreuses années de lutte devant nous, et que les médicaments ne résoudront pas tout.

Un leitmotiv en effet a résonné tout le long de la session d’ouverture de la conférence : il n’y aura pas de prévention efficace, de soins adaptés, sans lutter contre les discriminations et pour les droits humains. Et il n’est pas si fréquent d’entendre plusieurs gouvernants plaider la cause de la lutte contre les discriminations dont sont l’objet les usagers de drogue, de la lutte contre l’homophobie, rappeler les violences et les inégalités dont les femmes sont victimes, ainsi que la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH.

Hommage, en particulier, a été rendu à la campagne de lutte contre l’homophobie engagée par le gouvernement mexicain, et à l’initiative réunissant l’Amérique Latine et Caribéenne consistant à garantir une éducation à la sexualité qui soit assez ouverte pour lutter contre les discriminations et permettre aux nouvelles générations d’être mieux armées pour leur prévention future.

Et on ne peut qu’être sensible aux arguments développés par Festus G. Mogae, ancien président du Botswana, qui démontre que, même dans un pays ou 1 adulte sur 4 est infecté, on peut arriver à des résultats spectaculaires. Au moyen d’un engagement sans réserves.

L’épidémie continue et continuera d’évoluer, comme elle le fait aujourd’hui, vers une féminisation et une prégnance de plus en plus importante de la problématique des femmes et des enfants. Mais chacun devra méditer les leçons de la reprise de l’épidémie dans les régions où celle-ci semblait maîtrisée, comme en Europe…

C’est dire combien certains vieux principes restent d’actualité. Et de moins vieux, comme celui énoncé en conclusion par Felipe Calderon, président des Etats-Unis du Mexique, selon lequel chacun doit avoir accès non pas seulement aux antirétroviraux, mais à tous les antirétroviraux, sans exception, à des prix qui soient tout simplement justes.

Maintenant, n’oublions pas qu’une session d’ouverture a pour but premier de donner du cœur au ventre aux délégués, qui sont cette année tout de même 23 000.

Les travaux commencent ce lundi. A suivre…

Crédit photo : © Alain Miguet

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