Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

AIDS 2008 : En attendant la conférence… (4/5)

30 juillet 2008 par Alain |

Aids 2008

La 17ème Conférence internationale sur le sida se déroule à Mexico du 3 au 8 août 2008. En avant congrès, découvrez les témoignages d’acteurs associatifs et de médecins impliqués au quotidien dans la lutte contre le sida. Aujourd’hui, Nadia Peerun, chargée de communication à l’association PILS, Ile Maurice. (4/5)

PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida), créée en 1996, anime des sessions d’information et de prévention dans les écoles, les centres communautaires et les firmes privées. Chaque année une campagne médiatique permet d’orienter la population vers le numéro vert qui existe depuis plus de 10 ans. PILS s’occupe aussi de réduction de risques à travers l’échange de seringues et la substitution à la méthadone.

Pils accompagne les pvvih grâce à un soutien et un suivi psychosocial. Notre volet d’autonomisation des pvvih recouvre l’éducation thérapeutique, l’information nutritionnelle et les droits. Actuellement nous suivons entre 400 et 500 patients.

Depuis 1987, le gouvernement affirme avoir dénombré un peu plus de 3000 personnes séropositives. En 2007, l’Onusida estimait pour sa part entre 12 000 et 15 000 le nombre de personnes vivant avec le VIH à l’Ile Maurice avec un taux de prévalence de 1, 8 %. Il y a donc une grande différence entre les cas officiels et les cas estimés. Actuellement les personnes séropositives ne sont détectées qu’au travers du don de sang et des tests réalisés sur les femmes enceintes.

Ce n’est pas dans la culture des gens de se faire dépister. Ils ont peur. A cela s’ajoute la quasi absence de campagne de sensibilisation. Le problème vient aussi des centres de dépistage où le counselling n’est pas bien fait. Si une personne est détectée positive, on lui demande de venir au centre sans lui dire pourquoi. Evidemment la personne disparaît. Certaines fois, il y a des problèmes de confidentialité.

En 2007, 80 % des cas de séropositivité étaient dus à la transmission de drogue par voie intraveineuse. Il y a aussi les travailleurs du sexe. Aujourd’hui, on peut dire que tous les facteurs sont réunis pour aboutir à une féminisation de l’épidémie et prévoir qu’elle se développera dans la population générale. On craint une explosion dans les trois ou cinq ans à venir parce que les gens pensent que seuls les toxicomanes et les prostituées sont infectés. Ils ne se sentent pas du tout concernés.

Pendant de nombreuses années, Pils a mené un plaidoyer pour obtenir la gratuité et l’accès des ARV à tous les pvvih. Nous avons pu crier victoire en 2002. Cependant un seul centre de prise en charge existe, et la stigmatisation étant très forte, les gens sont très réticents à venir. Si un ami ou un cousin voit entrer une personne dans ce centre, il la jugera aussitôt séropositive. Nous sommes très heureux d’avoir tout gratuitement, ce qui inclut les tests, la prise en charge des infections opportunistes, mais cette stigmatisation empêche les séropositifs de franchir le pas.

Nous insistons beaucoup pour améliorer la prise en charge des personnes séropositives dès leur entrée dans le milieu médical. Beaucoup de discriminations commencent en effet avec les médecins. Des gens qui apprennent leur séropositivité se voient refuser le traitement. Parfois certains médecins ne veulent pas les ausculter. Du coup quand les gens découvrent leur séropositivité, ils ont tendance à se perdre dans la nature.
 
Je ne travaille dans le domaine du VIH/sida que depuis quelques mois. Au vu de ma courte expérience, les grandes conférences sont intéressantes au niveau du plaidoyer car elles permettent de décrire la situation existant dans tel ou tel pays. A l’Ile Maurice, pendant des années, le gouvernement et la population étaient dans le déni total de l’épidémie. C’est au travers de conférences où l’Ile Maurice était prise en exemple que les autorités se sont enfin réveillées. Maintenant je trouve un peu dommage de voir des gens assister à toutes ces  conférences et s’éloigner du terrain. Beaucoup d’argent est injecté dans l’organisation de ces conférences alors que les gens de terrain aimeraient y recourir pour faire des miracles avec les pvvih.

Le site de Pils (actuellement en construction)

  1. 2 réponses à l'article “AIDS 2008 : En attendant la conférence… (4/5)”

  2. Par Kafando le 31 juillet 2008

    bjr Pils
    je trouve ton témoignage très émouvant et melés d’optisme car c’est douloureux pour les Africains sinon comment jusqu ‘à présent des gens ignorent cette pandémie ou néglige .
    Quand je pense que des milliers de sommes sont chaque fois mis à la disposition de la lutte contre le fléau , et ce que nous relate Pils , on se sent revolté .je voudrais qu’à travers cette conférence inter , que les associations communautaires soit présent et témoigner à l’opinion inter sur ce qui a marché et ce qui n’a pas marché ;pour que ensemble les communautés se donnent des idée et des conseils à tt un chacun .Sur ce je souhaite à tous les participants une bonne conférence qui puisse gangner + un point!!!!!!!!

  3. Par MARIE le 4 novembre 2008

    les pauvres excluent leurs malades, qui sans traitements , contaminent. Les riches soignent leurs séropos , qui sous traitement, font l’amour sans capote sans rien transmettre. Finalement, on comprend pourquoi les protestants ont triomphé des catholiques ! Nous sommes effectivement riches et vertueux, vous êtes pauvres donc criminels : il y a des préjugés qui ont la vie dure, mais il n’y a pas de fumée sans feu….ici, c’est carrément l’incendie. La leçon : c’est que l’Histoire est tragique, et l’homme sans la science , n’a jamais su combattre le Fléau autrement que par le sacrifice des plus faibles.

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