Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Il ne veut pas que son bar soit repéré

28 avril 2008 par Alain |

Village dans la province du Shanxi

Etre séropo en Chine. Durant 8 mois, Catherine Glémain a travaillé avec des séropositifs de la province du Shanxi. Découvrez son témoignage durant le mois d’avril. Aujourd’hui, Il ne veut pas que son bar soit repéré (6/6)

Dans une petite ville de la province du Shanxi, les homosexuels se cachent. Il n’est pas facile de les rencontrer. On les ignore aussi, on fait comme s’ils n’existaient pas. Lors de notre mission avec Médecins du Monde, nous réussissons grâce à la « complicité » d’un homo venu de Taiyuan, la capitale de la province, à connaître un bar où ils se retrouvent. Ce bar se situe au fond d’une impasse mal éclairée. Nous pouvons nous y rendre à la condition de venir sans personne de la ville…

Nous discutons toute une soirée avec le propriétaire, un jeune homme dont la famille ignore qu’il possède ce bar. Le sida, il en a entendu parler, mais il sait que peu de ses clients s’en protègent, par défaitisme ou par ignorance. Il accepte volontiers que nous lui laissions des brochures et des préservatifs, mais n’est pas très favorable à des activités de prévention : il ne veut pas que son bar soit repéré. Nous n’insistons pas, d’autant plus que cette sorte de prévention ne fait pas partie de nos objectifs. Mais nous restons en contact pendant toute la durée de notre mission.

Quelque temps plus tard, nous apprenons l’existence d’un petit parc où les homosexuels se retrouvent. Roy, l’assistant chinois qui travaille avec nous, va plusieurs fois les rencontrer. Il découvre alors que si ce parc est un lieu de rencontre, c’est aussi un lieu de prostitution, avec de jeunes money boys qui souvent ne sont pas gays mais qui font cela pour gagner de quoi subsister. Ils ne sont pas de la ville. Chassés de leur famille, le plus souvent pour des raisons économiques, dès l’âge de 16 ans, ils arrivent là par hasard. Sans travail, ils acceptent pour quelques pièces d’avoir des rapports sexuels, bien sûr non protégés. Sans logement, ils dorment dans le parc, sauf quand l’un d’entre eux arrive à se payer une chambre qu’il partage avec les autres. Ils se connaissent et s’entraident, et ne prennent souvent qu’un seul repas par jour.

Dans ces conditions de survie, le sida n’est pas leur problème majeur, ils n’en ont d’ailleurs qu’une vague idée. Quand on leur en parle, ils écoutent, prennent conscience du danger. Cependant notre mission est trop courte pour que nous ayons véritablement un impact auprès de ces jeunes très démunis et complètement en marge d’une société qui veut les ignorer…

Crédit photo : © Catherine Glémain

  1. Une réponse à l'article “Il ne veut pas que son bar soit repéré”

  2. Par Ordinat0r le 28 avril 2008

    c’est incroyable ce qu’il se passe en Chine !

    merci pour ce documentaire très intéressant…

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