Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Yu Da rit aux éclats, méconnaissable

21 avril 2008 par Alain |

Ecole du Port vert

Etre séropo en Chine. Durant 8 mois, Catherine Glémain a travaillé avec des séropositifs de la province du Shanxi. Découvrez son témoignage durant le mois d’avril. Aujourd’hui, Yu Da rit aux éclats, méconnaissable (5/6)

Le père de Yu Da s’est décidé très vite à envoyer son fils à l’hôpital, et nous l’accompagnons donc de Changzhi à Linfen, six heures de trajet.

Nous sommes en janvier 2007, il fait très froid, le bus n’est pas chauffé et les routes sont défoncées. Yu Da est très réservé, parle peu, est intimidé, mais on voit que c’est un enfant qui a l’habitude de vivre dans des conditions difficiles. Stoïque,  il ne se plaint pas de la longueur du voyage, ni de l’inconfort, alors qu’il a déjà subi 4 heures de voyage très tôt le matin.

Nous arrivons tard le soir, accueillis par le directeur de l’hôpital qui nous attend à Linfen et nous conduit lui-même au Port Vert, très gentiment. Il connaissait Médecins du Monde et nous accueille chaleureusement.

 Le Port Vert, en rase campagne à dix kilomètres de Linfen, a été racheté à l’armée par le gouvernement chinois pour y accueillir les malades du sida. Les patients doivent juste payer leur nourriture.

La Chine ne fabriquant pas de formule pédiatrique pour les ARV, c’est une ONG américaine, AIDS Healthcare Foundation, partenaire du Port vert, qui les fournit. Cette association a formé les médecins, participé à la mise en place du centre de dépistage à Linfen et finance également au sein du Port Vert une structure d’accueil complet pour les enfants séropositifs. Ce sont des femmes vivant avec le sida qui prennent soin d’eux. Ils sont scolarisés sur place. Une bonne dizaine vivent là.

Le lendemain, nous revoyons Yu Da, installé avec son père dans une chambre au mobilier très sommaire. Les premières analyses montrent une petite anémie et un taux de plaquettes un peu bas, ce qui explique ses saignements de nez répétés. Le médecin, une femme très humaine et chaleureuse, nous assure qu’elle prendra soin de lui.

Nous aurons par la suite de nombreux contacts téléphoniques avec elle pour prendre des nouvelles ou bien pour résoudre des problèmes concernant d’autres malades. Elle a toujours été présente. Pour nous, il était très important de pouvoir compter sur elle.

Trois semaines après son arrivée, Yu Da rentre chez lui pour les vacances du nouvel an chinois. Pas d’infections opportunistes, bonne tolérance au traitement, il est aussi transformé psychologiquement. En fait son père ne lui a jamais parlé de son infection, mais l’enfant avait des doutes, des rumeurs circulant régulièrement à l’école et dans le village. Il doit être soulagé de savoir la vérité. Il joue avec moi en riant aux éclats, méconnaissable… Déjà autonome, il connaît parfaitement la posologie de ses ARV et n’a aucun problème pour les préparer tout seul.

Son père ayant pris la décision de le scolariser au Port Vert, il y retourne à la fin des vacances.

Aux dernières nouvelles, en octobre 2007, Yu Da s’est très bien adapté à sa nouvelle vie et il est le premier de sa classe. Il a découvert la musique et fait du violon. 

Renvoyé de sa mine, son papa aimerait un jour retrouver du travail plus près de son fils, pour le voir plus souvent.

Crédit photo : © Catherine Glémain

  1. Une réponse à l'article “Yu Da rit aux éclats, méconnaissable”

  2. Par Joubert le 5 mai 2008

    Courage et amitié.

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