Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Lui seul est séropositif

14 avril 2008 par Alain |

Ouvrière de surface dans une mine

Etre séropo en Chine. Durant 8 mois, Catherine Glémain a travaillé avec des séropositifs de la province du Shanxi. Découvrez son témoignage durant le mois d’avril. Aujourd’hui, Lui seul est séropositif (4/6)

Fin décembre 2006, lors d’une formation au counselling adressée aux responsables des services sida de chaque Center for Disease Control (CDC) de la préfecture, je découvre par hasard qu’un enfant de 7 ans « refuse de se soigner » ( !) . Le virus lui a été transmis par sa mère, morte lorsqu’il avait 2 ans.

En creusant un peu, nous apprenons que le père est mineur, qu’il travaille toute la  journée au fond de la mine et qu’il est difficilement joignable. C’est la grand-mère qui s’occupe de l’enfant, que le service sida rencontre lors de la prise de sang annuelle.

On n’a pas que ça à faire de courir après les gens qui ont le sida, me dit d’une façon provocante un des participants à la formation. Leur boulot, c’est de faire les prélèvements de sang programmés par le gouvernement et il est hors de question de prendre des initiatives.

Pour nous, il est impensable de laisser cet enfant sans soins.

Après de nombreux coups de fil infructueux et dérangeants pour les responsables du service sida de cette ville, nous réussissons à programmer un rendez-vous avec le père le 17 janvier, dans le dispensaire du village où il habite, à quatre heures de route de montagne.

Le père est un petit homme fluet mais qui dégage beaucoup de dignité. Nous nous présentons et l’informons qu’à Linfen, à l’hôpital du Port Vert, les enfants sont complètement pris en charge, tant au point de vue médical qu’au point de vue scolaire et vie quotidienne. Il ne fait aucune difficulté pour que son fils y aille et soit soigné là-bas. Nous lui proposons de prendre en charge son transport et le montant du salaire qu’il perdra en ne travaillant pas pendant la durée du séjour de son fils, certainement plusieurs semaines.

Il se détend un peu et nous raconte son histoire. Il s’est marié à une femme ayant perdu son premier mari. Cette veuve avait un enfant, âgé à présent de neuf ans, qui vit toujours avec lui. A l’occasion de la naissance de cet enfant, la mère a été transfusée et a été infectée par le VIH. Elle ne l’a su que quand elle a commencé à avoir des symptômes, après la naissance de son second enfant, le petit Yu Da pour lequel nous sommes là. Toute la famille a été testée après cette découverte, mais seul Yu Da a révélé une séropositivité. Depuis 2004, ses CD4 sont surveillés chaque année. Il en avait 140 en avril 2006.

Personne n’a dit à cet homme que le traitement pour son fils était gratuit. Il a encore des dettes depuis la maladie et la mort de sa femme en 2003. A cette époque, le gouvernement chinois ne s’était pas encore engagé dans la gratuité des soins pour les personnes ayant peu de revenus. C’était impossible pour lui d’envisager de payer les soins pour son fils, d’autant plus qu’il n’est jamais malade. Il a seulement des saignements de nez fréquents. Le père est fier de nous dire que son fils travaille très bien à l’école.

Nous faisons la connaissance de Yu Da à sa sortie de l’école pour déjeuner. Il ne semble pas affaibli malgré le nombre assez bas de ses CD4. Il a de bonnes joues rondes, avec de la poussière de charbon incrustée dans la peau. Intimidé, il n’ouvrira la bouche que pour manger, mais quel appétit !

Nous programmons avec le papa un séjour à l’hôpital du Port Vert pour la semaine suivante. Du village, il faut 10 heures de bus pour y aller. Comme il a l’air affolé à l’idée d’avoir à changer de bus à Changzhi, puis de prendre un taxi à Linfen pour rejoindre l’hôpital, nous lui proposons de l’accompagner pour cette deuxième partie du voyage. C’est ce que nous ferons une semaine plus tard.

Suite lundi prochain du témoignage sur Yu Da 

Crédit photo : © Catherine Glémain

  1. 4 réponses à l'article “Lui seul est séropositif”

  2. Par Ordinat0r le 16 avril 2008

    dommage qu’un si beau pays soit si méprisant envers les humains 🙁

  3. Par gam le 17 avril 2008

    salut j.ai fait un test de sida il ya 6 moi je n ai ètè chez le medecin pour prendre les resultats j ai trop peur. pensez vous le medecin aurai pu m avertir en de positivitè

  4. Par Ordinat0r le 19 avril 2008

    Bonjour Gam,

    nous ne faisons pas de réponses de ce type sur le blog mais tu peux venir poser tes questions sur le forum : http://www.sida-info-service.org/forums/index.php4

    @+

  5. Par Pascal le 15 août 2009

    Bonjour,

    Je vous remercie pour ce témoignage rempli d’humanité. C’est beau de savoir ce que vous avez fait pour lui.

    j’ai moi aussi une anecdote à raconter avec un jeune chinois de Besançon. Il était très sympathique et me donnait des cours de chinois. De sympathie en sympathie, j’ai finit par me confier et lui parler de ma séropositivité. Aussitôt, il a fait un bon de deux mettres en arrière et était très en colère car il était convaincu que par le fait d’avoir mangé à sa table, d’avoir utilisé ses toilettes qu’il risquait d’être contaminé. Il croyait que le virus pouvait se transmettre par l’air ou les postillons. Il a fallu pour le rassurer que nous allions à l’hôpital pour rencontrer un médecin qui lui explique les modes de contamination. Dans la rue, il marchait prudemment à trois mètres de distance. C’était le soir, il n’y avait pas de médecin disponible, alors, le veilleur de nuit de l’hôpital aidé d’un pompier qui était là par hasard lui ont clairement expliqué la chose. N’empêche, qu’il a souhaité interompre les leçons de chinois. j’en ai été triste mais j’ai respecté sa décision. C’est dommage car j’aime énormément la culture chinoise et en particulier la médecine traditionnelle chinoise. Séropositif depuis 16 ans, j’ai découvert il y a 12 ans la gymnastique énergétique chinoise, gymnastique de santé et de longévité (qi gong). Depuis, je n’ai cessé de pratiquer et je suis devenu professeur de cet art millénaire. L’issue logique de cet apprentissage, ce fut un voyage en Chine de trois mois de novembre 2008 à février 2009. Il m’a alors été donné la chance de pratiquer le Qi Gong en Chine et le massage chinois (Tui Na), tous les après-midi pendant un mois à l’hôpital de Nanchang. Toujours dans mon désir de progresser, j’ai quitté ma province natale pour m’installer dans la région parisienne afin de commencer une école de médecine traditionnelle chinoise en septembre. J’espère retourner dans deux ans et j’aimerais moi aussi y faire de la prévention VIH. Pouvez-vous me conseiller ? Je vous remercie pour votre réponse. Pascal

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