Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Il faut tomber le bon jour

4 avril 2008 par Alain |

Entrée de l’hôpital du Port Vert

Etre séropo en Chine. Durant 8 mois, Catherine Glémain a travaillé avec des séropositifs de la province du Shanxi. Découvrez son témoignage durant le mois d’avril. Aujourd’hui, Il faut tomber le bon jour (2/6)

Depuis mars 2006, les antirétroviraux (ARV) sont gratuits en Chine pour les séropositifs disposant de peu de moyens financiers. Mais avant qu’ils puissent les obtenir, on est abasourdi par le parcours compliqué que ces gens souvent déjà très affaiblis doivent subir.

Presque toujours, la maladie est découverte lors d’une infection opportuniste. Un intervalle de plusieurs mois existe en effet entre une première consultation pour des problèmes de santé au dispensaire du village, la deuxième à l’hôpital du comté, puis une troisième à l’hôpital de préfecture. Avec, à chaque fois, de gros frais à la clef. Ce n’est que lorsque les traitements, tous à la charge du patient, ont montré leur inefficacité, qu’un médecin, un peu plus averti que les autres, pense à faire un test VIH.

Après un premier test de dépistage positif, un second Elisa est pratiqué par le Center for Disease Control (CDC) le plus proche du domicile du patient, puis un Western Blott, envoyé au CDC provincial. Le résultat prend un certain temps. Tout dépend de la motivation des fonctionnaires quant au transport de l’échantillon de sang  et à son analyse : il faut tomber le bon jour.

Les résultats prennent ensuite le chemin en sens inverse pour arriver au CDC de comté, qui prévient le patient, établit une fiche, fait un autre prélèvement pour le comptage des CD4, qui repart au CDC de la préfecture.

Le plus souvent le taux de CD4 est inférieur à 200 et le patient entre en phase de soins. Trois mois sont parfois nécessaires entre la découverte de la séropositivité et l’accès aux soins. Le processus, avec tous ces allers-retours à travers la province, est très long, et ce n’est pas fini : le malade va devoir se rendre dans  un hôpital habilité.

Il a le choix entre l’hôpital du Port Vert à Linfen, gratuit, et celui de la capitale provinciale, Taiyuan, payant. Il choisit en général d’aller au Port Vert et prend alors un  bus vieillot, pas chauffé en hiver, sur une route défoncée de montagne, pour un long trajet de 6 heures. Puis il prend un taxi pour cet hôpital situé en pleine campagne, dans un ancien camp militaire racheté à l’armée par le gouvernement. Pour des yeux occidentaux, il fait un peu ghetto sinistre, mais les malades s’y plaisent et s’y sentent en sécurité. Ils peuvent enfin parler librement de leur maladie et de leurs inquiétudes.

Tous les soins et examens complémentaires sont gratuits, et les patients restent plus ou moins longtemps suivant les infections opportunistes qu’ils ont déclarées et leur tolérance aux ARV. L’équipe médicale de ce centre est remarquable et bien formée, mais dispose de peu de moyens.

A son retour chez lui, le patient reprend contact avec le CDC et signe un contrat avec le médecin du service sida. Il s’engage à bien observer son traitement contre la confidentialité supposée de son dossier. Son traitement lui est remis pour un mois. Toutes les quatre semaines, il doit revenir avec comptage de CD4 à 3 mois, puis tous les 6 mois. Seul cet examen est pratiqué pour surveiller l’efficacité du traitement. Tous les autres examens sanguins (bilan hépatique, rénal, NFS…) sont à sa charge. La plupart du temps il ne les fait pas faute d’argent.

Le traitement instauré en première ligne est presque toujours le même : Névirapine, Lamivudine, Stavudine. 

Dès qu’une maladie bénigne apparaît, c’est terrible. Si le patient dit qu’il est séropositif, on refuse de le soigner à l’hôpital du comté. Une malade s’est vu refuser une appendicectomie urgente quand le chirurgien a su qu’elle était séropositive. S’il ne le dit pas, cela peut être dangereux pour les autres patients, les principes de précaution universels n’étant pas du tout respectés. Pour des soins dentaires, par exemple, le patient a pleinement conscience de faire prendre des risques aux autres.

Si la maladie est plus grave, ou que le taux de CD4 ne remonte pas ou baisse, pas d’autre solution que de retourner  au Port Vert. Il doit cependant payer le bus pour lui-même et pour une personne accompagnante. Souvent il hésite longtemps avant d’y aller, sans parler du voisinage qui risque de se poser des questions s’il reste longtemps absent du village…

Si le patient doit changer de traitement, et les traitements de deuxième ou de troisième ligne sont limités, plusieurs semaines s’écoulent parfois avant qu’il le reçoive enfin, la voie bureaucratique étant aussi lente que précédemment…

Comment ne pas admirer la volonté de vivre de ces patients, malgré leur détresse quotidienne ?

Crédit photo : © Catherine Glémain

Ecrire un commentaire