Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

J’ai eu comme une espèce de déclic

25 mars 2008 par Alain |

Témoignage de Renaud Bertrand, réalisateur de « Sa Raison d’être »*, téléfilm de 2 fois 90 minutes sur les années sida, dont la première partie sera diffusée ce mercredi sur France 2, à l’occasion du Sidaction.

Je me suis intéressé au thème du sida parce que, étant né en 1961, je fais partie de cette génération qui a été touchée de plein fouet par l’épidémie. Au début des années 1980, j’étais jeune assistant metteur en scène, je travaillais dans un milieu où j’ai côtoyé tout de suite des gens concernés. J’avais aussi des copains américains. Petit à petit, l’épidémie s’est rapprochée de moi, j’ai été touché encore de plus près. Un jour je suis allé acheter le journal et je suis tombé sur un papier de Libération. J’ai été immédiatement interpellé par cet article.

Les premières années ont été tellement violentes et compliquées que j’ai fait comme un rejet. Je ne voulais plus y penser. Autour des années 2000, quand les choses ont commencé à aller mieux, je n’ai plus trop eu envie de me pencher sur le sida. De plus, je ne pensais pas que je serais capable de faire un film là-dessus. J’avais l’impression que ce serait douloureux, que je risquerais de faire un film, comment dire… voyeur ! En fait j’étais embarrassé par le sujet.

Quand les producteurs m’ont contacté, m’ont parlé du projet – et ils ont pensé à moi dès le début, j’ai eu comme une espèce de déclic. Je me suis dit que le moment était peut-être venu. Je pense qu’il y a toujours des périodes comme ça où il faut laisser décanter les choses.

Cette proposition est aussi arrivée à un moment où un ami, qui avait été sauvé par la trithérapie et qui a vécu plutôt bien par la suite, est finalement mort, il y a 2 ans, alors que j’étais en plein tournage de mon premier long métrage. C’était un peu comme si la boucle était bouclée.

France 2 n’a posé aucune difficulté pour financer le projet. A l’époque, Perrine Fontaine était chargée de la fiction et j’ai vraiment trouvé auprès d’elle une adhésion immédiate. Elle a foncé sans aucune retenue. Il est vrai aussi que le scénario était de grande qualité. Enfin, France 2 avait confiance en moi puisque j’avais déjà travaillé avec eux sur la série Clara Scheller, qui avait bien marché.

Un médecin qui a travaillé de nombreuses années dans le service des maladies infectieuses de Saint-Antoine a vu le film. Il m’a dit que j’avais fait une anthologie de l’épidémie. En même temps, si on a essayé de respecter le contexte historique, on a surtout voulu faire un film de sentiments. Je voulais que les gens partent avec les personnages dans leur histoire. Le film a été projeté dans plusieurs festivals et les spectateurs ont souvent été sous le choc. Ces gens ont eu une vie complètement tragique mais on a envie d’être amis avec eux, d’être dans leur vie, ai-je entendu dire. C’est assez paradoxal mais je trouve que c’est bien que les gens pensent ça.

Pour moi, le film porte deux messages. Le premier, c’est que l’amour est plus fort que tout. Quoi qu’il arrive, l’amour est là. Même dans le drame. L’autre message, c’est un message de prévention. Tout en ayant souhaité être le plus subtil possible, ce message est bien présent pour rappeler que le sida existe toujours, qu’il ne se guérit pas, alors que beaucoup de gens croient le contraire. Certains vont probablement être étonnés en apprenant par exemple que la contamination est proportionnellement plus importante aujourd’hui chez les hétérosexuels que chez les homosexuels.

Dans l’histoire du sida, je pense à plusieurs moments forts. Les premières années où personne n’a compris ce qui se passait, où les gens tombaient comme des mouches ; ce côté sidérant avec l’incompréhension des pouvoirs publics ; enfin c’était au-delà de l’incompréhension, c’était presque un déni qu’ils faisaient. Ensuite, ce moment où on a été dedans, où les gens ont commencé à se mobiliser, à s’organiser en créant des associations. Et puis, il y a ce moment de la découverte des trithérapies, avec le retour de l’espoir.
*Sa Raison d’être. Scénario, adaptation et dialogues de Véronique Lecharpy et Pascal Fontanille. Lors du 10ème Festival international du film de télévision de Luchon 2008, Michaël Cohen et Nicolas Gob ont remporté le prix d’interprétation masculine. La seconde partie sera diffusée le 2 avril à 20 h 50 sur France 2. Le DVD sera en vente à partir du 3 avril.

  1. 9 réponses à l'article “J’ai eu comme une espèce de déclic”

  2. Par coco212 le 25 mars 2008

    merci beaucoup pour ce témoignage et ce film, qui juste avec l’extrait ici me parait etre d’une sensibilité extrême
    merci pour nous…………

  3. Par Sandra le 30 mars 2008

    J’ai regardé la première partie du film, qui est bien entendue boulversante. A travers les évènements des années 80, merci à ces réalisateurs qui nous font comprendre comment la France (mais je suis sure que d’autres pays également) à su nous « préserver » des risques…Un peu comme un autre Tchernobyl! A faire de la désinformation.
    Moi je suis surtout très touchée par la vision de l’infirmière dans le film. C’estce côté du film, qui nous fait connaitre les récations, des gens, des médecins.

    J’ai hâte de voir la dernière partie même si visiblement la fin risque d’être triste. Mais est ce qu’un téléfilm traitant du sida pouvait bien se finir?…Un jour on espère

  4. Par Hugo le 30 mars 2008

    Bonjour

    A quand un film sur des séropos de 2008.
    Moi et mes amis séropos on est en pleine forme, on fait du sport, on travaille, on est en couple . certains sont sous traitements , d’autres non. Ceux sous traitements n’ont aucun effets secondaires et se sentent bien.

    Faies un film sur nous!
    ce que je veux dire c’est que ce sera le MEILLEUR MESSAGE pour que les gens acceptent les séropos!

    N’oublions pas la prévention, les anciens malades, les malades fragiles OUI
    Mais arrêtez de montrer le pire tout le temps: CELA FAIT PEUR aux pékin moyen.

    merci

  5. Par coco212 le 31 mars 2008

    je suis daccord mais n’oublions pas non plus les séropo d’avant, cest la qq meme qu’il y a eu le plus de dégat, je suis de cette génération et jai pas envie qu’on oublie
    alors je suis daccord sur l’image que ca peut refleter et qu’il faudrait aussi réactualiser sans banaliser et ca cest le probleme! cest vrai que ca aide pas ces images qui dérangent et qui font peur, mais bon quest ce qui aiderait a l’intégration des séropo au bout de 28 ans d’épidémie, les gens savent maintenant que les tri existent, que les gens vivent mieux qu’avant, est ce que ca a changé grand chose, je pense pas
    tant mieux que pour la tri ca le fasse, cest pas le cas de tt le monde, ne l’oublions pas non plus

  6. Par Ordinat0r le 31 mars 2008

    @ Hugo,
    en 2008 les séropos décèdent toujours du vih moins qu’en 1985 / 1990 mais il y a toujours des décès …
    les séropos même traités ont de gros problèmes en 2008, j’ai un pote qui a le cerveau bouffé par le vih et il ne peut plus marcher, il est en fauteuil roulant, le cousin de mon voisin est mort il y a 5 ans d’un problème au cerveau causé par le vih …

    en 2008 tout ne va pas bien pour les séropos.

    perso, je suis en hépatite médicamenteuse à cause de la tri, il a fallu arrêter ma tri en urgence et nous n’avons plus qu’un espoir c’est que moin foie tienne le coup…

    si tout va bien pour toi Hugo tant mieux mais ne crois que ce soit le cas de tous les séropos en 2008.

  7. Par phil le 2 avril 2008

    salut je suis séropo sous trithérapie depuis 9 ans et je viens d’ouvrir un blog il y a peu, où je parle de mon vécu de ma séropositivité ; voici l’adresse, vous y êtes les bienvenu(e)s ainsi que vos commentaires éventuels :

    http://seropoannees2000.hautetfort.com/

    amicalement et merci pour la solidarité

  8. Par Nicodeme le 10 avril 2008

    Vu c’est jours derniers à la télé:
    Ah oui, quelle belle occasion de se faire une bonne conscience ,un petit coup de fil =un chèque et hop j’ai fais ma B.A du jour . Est ce que le bisous donné par l’animateur télé ;la larme à l’oeil signifie quelque chose? Aurait-il embrassé cet homme s’il n’avait pas su qu’il avait le sida …allons donc on n’embrasse pas un inconnu!
    Avez vous vu une envolée de moineaux effrayés par un passant ??.. Voilà ce qui se passe réellement si vous dites à vos AMIS « j’ai le sida ».
    Mais ou sont passés les week-ends ou nous étions 8, 10 voir parfois plus autour de la table ,ou simplement dans la maison ??????????????
    Ou sont passés les mercredi quand la maison était pleine de rires et de jeux « la maison du Bon Dieu  » disaient les voisins.
    Quatre ans c’est court et c’est terriblement long
    Un jour on a dit à mon mari : votre bilan sanguin n’est pas bon ,avez vous eu une transfusion,faites une prise de sang plus complète par sécurité….
    Ok docteur …. quelques jours plus tard les résultats arrivent par la poste :
    VIH positif
    Hépatite C :positif
    Hépatite B :positif

    Funeste erreur du labo qui n’aurai jamais du nous envoyer ce résultat????

    La maison m’est tombée sur la tête……….et je n’ai pas eu le courage de le dire à mon mari .
    J’avoue que j’ai paniquée ,appelé son médecin qui à reçu mon mari mais a refusé de me parler,,?il m’a sans doute trouvée trop stupide !

    Je me suis faite contrôlée par chance je n’ai que le sida ,mais je réagis mal a la tri thérapie (ou plutôt aux tri) allergies de toutes les façons ou peu de résultats

    Je ne remercierai jamais assez le service concerné qui nous a pris en charge et accompagné et pratiquement porté par moment.Leur seule erreur à été de nous dire d’en parler à nos familles et nos amis proches .PFFFFF..quel vide!

    Un seul couac et de taille les internes qui ont des voix (de jeunes et qu’on entend bien)parlant de mon mari: « la contamination était impossible à cette date :le virus était inconnu .Pauvre femme après 40 ans de mariage, il vaut mieux qu’elle l’ignore » ……….Seule possibilité des relations non protégées………………

    Seulement …je sais maintenant …depuis plusieurs mois et plus le temps passe et moins je supporte cette idée et cette phrase qui résonne dans ma tête .D’autant plus que l’état général de mon conjoint s’aggrave ,il est quasiment invalide et incontinent et maintenant diabétique sous insuline .C’est très lourd a vivre au jour le jour
    Après quarante ans de mariage je me sens emprisonnée ,écoeurée bernée et impuissante.
    Et maintenant je fais quoi avec ça ?
    Le N° d’écoute gratuit …oui mais quand :JE NE SUIS JAMAIS SEULE ,JE NE PAS lE LAISSER
    Rassurez-vous un de mes auteurs préfèré a écrit: Chienne de vie je t’aime .Même si j’ai des larmes ,moi aussi je l’aime (la vie)
    Désolée pour ce post mais c’est trop dur de parler .Nico
    P.S. heureuse d’avoir aperçu ,au fil des pages Ordi et Coco Amitié
    Tampis s’il n’y a pas de réponse ,mon sac semble moins lourd

  9. Par phil le 11 avril 2008

    moi j’ai eu beaucoup de chance : le sida (pneumocystose) puis la maladie chronique mon rapproché de mon copain, de mes parents et de mes amis ; c’est dur d’être séropo mais je suis heureux d’être entouré et aimé, déjà que c’est pas facile alors je comprends ceux qui sont seuls, abandonnés ; ceci dit je me sens seul face à la maladie tout au fond de moi, et ça c’est très dur

    je vous embrasse tous prenez soin de vous

    aimons nous !!

  10. Par Nicodeme le 14 avril 2008

    Bravo Hugo ,je suis entièrement d’accord avec toi ,ça éviterai peut-être certains jours noirs même si la petite bête :le cafard;chutne le réveillons pas ,continue de grignoter le moral quand les résultats ne sont pas ceux espèrés. MAIS CA FAIT PEUR
    Biensur une fois de plus « à coté du sujet » dirait mon ancienne institutrice.
    Bof ,comme on disait à l’hopital : on meure aussi à 100 ans en bonne santé .
    haut les coeur ,Ordi ,Coco212 ,et les autres
    P.S.je ne veux pas voir mon adresse E-mail paraitre après mes messages (ou suis-je la seule à la voir?) merci

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