Identités, risques, santé sexuelle chez les gays
11 mars 2008 par Docteur Michel Ohayon |Alors que l’épidémie d’infection à VIH montre des signes solides de stabilisation, les contaminations continuent chez les gays, comme l’ont montré les résultats produits par l’Institut de Veille Sanitaire d’après les données des déclarations obligatoires de séropositivité. Les autres indicateurs disponibles vont dans le même sens, qu’il s’agisse de la surveillance des IST, ou des enquêtes régulières type Presse Gay ou Baromètre Gay.
Les débats sur la réduction des risques chez les gays sont amplifiés par l’écho des recommandations suisses.
Au même moment, on invoque à la fois le développement d’actions de plus en plus ciblées sur des communautés à l’intérieur des communautés, tout en abandonnant plus ou moins le concept d’identité gay pour une prise en compte beaucoup plus large des Hommes ayant des rapports Sexuels avec des Hommes (HSH).
L’une des vocations de Sida Info Service est d’enrichir le débat à partir de ce qui est dit sur nos dispositifs, téléphoniques, Internet, et au cours de nos actions de terrain.
Ainsi, 3 études très différentes ont été menées, dont nous souhaitons qu’elles participeront au débat nécessaire. Outre les différences importantes des thématiques de ces études, elles explorent ce qu’il est convenu d’appeler, faute de mieux, la communauté homosexuelle sous 3 angles :
- HSH, à travers une étude portant sur les appels téléphoniques des hommes ayant eu au moins 1 rapport avec un autre homme au cours des 12 derniers mois,
- Gays et lesbiennes probablement plus communautaires, à travers une enquête menée au Salon Gay et Lesbien de Paris, visant à évaluer succinctement les recours et les besoins en termes de santé sexuelle (dans le contexte d’un projet de l’association consistant à porter un projet de lieu de santé sexuelle gay friendly),
- Une population gay se définissant, sur 2 sites Internet partenaires, au travers de leurs pratiques, qu’elles se réclament du sadomasochisme ou de bareback.
Confrontées aux autres enquêtes, nationales ou européennes, plusieurs éléments ressortent, et ne sont pas sans intérêt. Partout, nous retrouvons des caractéristiques communes, notamment en termes d’âge (moyenne autour de 35 ans) avec des répartitions plus ou moins larges selon les enquêtes. Et la difficulté que nous avons tous à toucher les jeunes homos, qui sont également relativement absents du dépistage, à l’inverse de leurs aînés.
Si les éléments que nous recueillons concernant les prises de risque chez les HSH recoupent assez largement les données d’enquêtes plus communautaires, à savoir un nombre croissant de rapports de pénétration anale non protégée avec des partenaires de statut sérologique inconnu, il s’agit plus d’un point commun que de l’expression d’un phénomène communautaire homogène. Les déterminants ne peuvent être les mêmes qui amènent à une prise de risque des gays fréquentant les établissements de convivialité et de sexe (Baromètre gay) et les HSH utilisant anonymement le téléphone, dont une moitié seulement se définit comme homosexuelle. Elément en faveur d’une moindre imperméabilité entre les problématiques homo et hétérosexuelle qu’il n’y paraît.
La dimension de la prise de risque devient particulièrement parlante quand on se penche sur les questions par Internet des gays déclarant des pratiques « hard » ou assumée comme bareback. On est ici frappé par la discordance qui peut exister entre un discours qui paraît assumé autour de la réduction des risques voire de la prise de risque volontaire, et la connaissance incertaine des éléments susceptibles de permettre une décision éclairée. Il en est de même pour un certain nombre d’adeptes des pratiques SM.
Mais quels sont les espaces disponibles pour associer les discours sur la santé et la sexualité ? Chacun va faire en fonction de ses disponibilités, et surtout de son expérience. L’abord de la sexualité auprès du médecin traitant est d’autant plus fréquent que la personne est âgée. Dès lors qu’une offre identitaire est disponible, elle est largement sollicitée. Ainsi, 1 parisien sur 4 choisit son médecin parcequ’il est gay ou gay friendly. Si ce type de choix pose toute une série de questions, on ne peut rester indifférent à la difficulté qu’il y a à parler de santé sexuelle, notamment pour les plus jeunes.
La question de la santé sexuelle devient particulièrement pertinente si on envisage la population des HSH, dans laquelle la séroprévalence amplifie considérablement les conséquences des risques encourus. Chez les usagers de certains sites, ce facteur est encore plus discriminant. L’enquête de prévalence dans des communautés gays, prévue en 2008 sous la conduite de l’InVS, apportera un éclairage complémentaire sur cette question cruciale de la prévalence.
Toujours est-il que des réponses nouvelles doivent être imaginées et, surtout, mises en place.