Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

Le carrefour de la science et de l'éthique

4 février 2008 par Docteur Michel Ohayon |

Boston

Retrouvez chaque jour les dernières infos de la CROI 2008 sur Le Blog Sida

Comme nous le savons tous, les années se suivent sans toujours se ressembler.

Sur le plan scientifique, nous venons de vivre une année 2007 extrêmement riche. En très peu de temps sont apparues une « 3ème génération » d’antiprotéases, et deux nouvelles classes thérapeutiques, les inhibiteurs d’entrée et les inhibiteurs de l’intégrase.

On en parlera beaucoup, d’ailleurs, puisque de nouveaux résultats devraient permettre d’en évaluer l’intérêt à long terme, en particulier pour les (trop) nombreux malades chez qui la plupart des médicaments « classiques » ont perdu leur efficacité. Comme pour tout nouveau médicament, leur usage devrait être précisé. Avec peut-être des pistes sur les monothérapies, l’utilisation de certaines molécules chez les patients naïfs. Et si le Raltegravir (inhibiteur d’intégrase) et le Maraviroc (inhibiteurs d’entrée) sont pour l’instant les seuls médicaments de leur classe, leurs successeurs sont déjà sur les starting-blocks et feront parler d’eux.

Une session importante de la CROI va être consacrée à l’avenir des vaccins. La question nous intéresse tous, et, sur cet aspect, on ne peut pas dire que l’année écoulée ait été très rassurante. Si la prévention par le vaccin n’est pas pour tout de suite, quelle place pourra-t-elle prendre dans l’avenir ?

Et quelle place pour la prévention aujourd’hui, prévention « classique » basée sur la réduction des risques, prévention « moderne » par l’usage des médicaments ? Comme toujours, lorsqu’on aborde la question de la prévention, nous nous situons au carrefour de la science et de l’éthique, et les questions posées interrogent profondément les deux domaines. Quelle place pour les traitements pré-exposition ? La protection est-elle nécessaire lorsque la charge virale est contrôlée ? La prévention est-elle une indication de traitement, indépendamment des bénéfices attendus pour l’état de santé de ceux qui les prennent ? Les conclusions éventuelles seront d’autant plus attendues que la récente modification des recommandations suisses a ouvert un débat très vif.

La question de l’épidémie dans les pays à faibles ressources constituera le sujet d’ouverture de la conférence, et on ne peut que s’en féliciter. Parce que c’est là que vivent la plupart des personnes vivant avec le VIH, parce qu’une partie de la communauté scientifique s’inquiète de la lente évolution des stratégies thérapeutiques (qu’il s’agisse des molécules utilisées, de l’impact des traitements sur l’épidémie ou sur la prévention de la transmission materno-foetale), et parce que la totalité des personnes qui luttent contre le sida sont affolées du retard pris dans la généralisation de l’accès aux traitements, même si des progrès récents sont indiscutables. Il n’y aura pas de résolution de la crise du sida autrement qu’au niveau mondial, et les problèmes rencontrés dans les pays en voie de développement préfigurent souvent ceux de l’ensemble des personnes concernées partout dans le monde.

Nous espérons donc avoir à partager des informations riches d’enseignement et d’espoir.

Ecrire un commentaire