Je ne me bats pas seulement pour les séropositifs
10 janvier 2008 par Alain Miguet |
Le Blog Sida a recueilli le témoignage de Bruno-Pascal Chevalier, un malade du sida qui a décidé de ne plus prendre ses traitements depuis trois mois pour dénoncer la mise en place des franchises médicales le 1er janvier*. En tant qu’espace d’expression sur la séropositivité, nous avons souhaité publier ce témoignage, mais nous exprimons notre inquiétude par rapport à un acte risquant de mettre en danger l’intégrité physique de son auteur.
Je suis un vieux militant du sida mais je ne me bats pas seulement pour les séropositifs car il n’est pas question d’opposer les maladies les unes aux autres. Les témoignages que je reçois démontrent que les gens se retrouvent dans mon combat. « C’est mon histoire, merci ! » me disent-ils. Donc ce n’est pas l’affaire Bruno-Pascal Chevalier, c’est l’affaire de tous.
Au 8 janvier 2008, plus de 84 000 personnes ont signé la pétition que j’ai mise en ligne sur mon blog. Je suis le premier étonné de l’importance de ce mouvement. Petit à petit, des politiques commencent à bouger et à m’apporter leur soutien. Jean-Luc Romero, président d’Elus locaux contre le sida, l’a fait officiellement. La presse et la télévision me suivent et on commence à en parler à l’étranger.
Ce qui m’inquiète un peu, c’est que les associations de lutte contre le sida ne témoignent pas pour l’instant de leur solidarité. AIDES ne se prononce pas [NDLR : au moment où cet entretien a été réalisé, Bruno Spire, président de AIDES, n’avait pas contacté B-P Chevalier.]. Act Up refuse de me soutenir, alors que je suis un ancien d’Act Up !, parce qu’ils ne veulent pas encourager quelqu’un à ne pas se soigner. Or ce n’est pas ce que je dis. Moi je parle des franchises médicales. De toute façon, on sait que certains malades ne se soignent déjà plus. Quand ils arrivent à la pharmacie, ils disent : « Non, pas ce médicament-là. » Non pas parce qu’ils ne le veulent pas, mais parce qu’ils ne peuvent pas le payer. Ils préfèrent acheter à manger avec le peu qu’ils ont. Si ce n’est pas quelque part une grève de soins, qu’est-ce que c’est ?! Ils sont exclus de fait de la santé.
Lundi dernier, j’ai rencontré Roselyne Bachelot. Elle voulait mesurer l’ampleur du mouvement et savoir qui j’étais. J’ai d’abord dit à son cabinet que je ne tenais pas à rencontrer la ministre. Mais elle m’a appelé, m’a fait envoyer une voiture. J’ai répondu que si je venais, je ne viendrais pas seul, et que si je venais il faudrait que cela ait du sens. Je suis finalement venu avec le maire de Morsang-sur-Orge, la commune où j’habite. Nous y sommes allés sans illusions. Et nous avions raison. Roselyne Bachelot a commencé par me faire le grand jeu : « Je ne suis pas la ministre, je suis une femme, regardez seulement la mère qui est en moi. Je vous demande d’arrêter pour votre santé. »
J’ai répondu qu’il fallait arrêter cette comédie, que j’étais là pour faire entendre la voix des malades. Elle a finalement compris qu’elle ne pourrait pas me manipuler, que j’étais déterminé. Elle a alors reconnu que les malades pris en charge à 100 % étaient en fait remboursés à 91 % et que les autres l’étaient à 78 %. Que les franchises participent à la solidarité nationale envers le vieillissement de la population et que le coût de plus en plus élevé des traitements rend obligatoire une participation solidaire des malades. J’ai répondu que ce n’était pas pour cela que la Sécurité sociale avait été créée après la guerre. C’était pour que les plus faibles puissent être aidés par les plus forts.
A présent, j’attends des nouvelles de Nicolas Sarkozy car le rendez-vous avec Roselyne Bachelot n’était pas une rencontre officielle. La pression ne doit pas faiblir. Chaque jour, des comités se mettent en place, José Bové a déclaré sur Canal + qu’il me soutenait et qu’il allait écrire un texte, les conseils municipaux des villes voisines de Morsang-sur-Orge se sont réunis et commencent à sortir des communiqués. Vous voyez, ça bouge, les malades s’organisent. Je souhaite aller au bout de ma démarche, faire en sorte de créer un véritable élan de solidarité - et il ne faut pas qu’il y ait seulement les malades, mais tout le monde, à un moment où on cherche à opposer les malades aux biens portants. C’est un enjeu essentiel dans ce combat.
*En France, depuis le 1er janvier 2008, les malades doivent payer 50 centimes d’euros par boîte de médicaments et par acte médical et 2 euros par transport sanitaire, dans la limite d’un plafond global de 50 euros par an. Sont exemptés les mineurs, les bénéficiaires de la Couverture Maladie Universelle Complémentaire (CMUC) et les femmes enceintes.
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008 (article 35, page 55)
5 réponses à l'article “Je ne me bats pas seulement pour les séropositifs”
Par Ordinat0r le 10 janvier 2008
Bonjour Bruno Pascal,
Je salue ton courage et ton initiative et te remercie chaleureusement pour ce que tu fais pour nous “malades” …
Dans ton texte tu soulignes que des malades depuis pas mal de temps se soigne moins bien qu’il ne le faudrait en refusant certains médicaments à la pharmacie pourtant prescris par un médecin mais non remboursés … je fais partis de ces personnes depuis longtemps car parfois à la pharmacie j’ai l’impression d’acheter du caviar tellement c’est cher.
Les franchises bien sur nous écrases, mais la part des labos et les marges des pharmaciens sont énormes également …
Dans le monde ou nous vivons il n’y a pas de place pour les pauvres et les malades, triste constat …
Bon courage à toi mais ne met pas ta vie en jeu les “rond de cuir” qui nous gouvernent n’en valent pas la peine, ils sont trop loin du peuple car ils baignent dans le pognon et l’opulence.
@micalement
Par Kheops le 10 janvier 2008
Tout d’abord bravo à toi pour ton courage de te battre ainsi contre une machine qui paraît bien imparable depuis quelques mois… tout le discours ambiant de justification des franchises est décidément à vomir : responsabiliser les malades, on croit rever… un malade du sida n’est donc pas responsable et abuse de la couverture maladie en prenant un traitement ? Qui a su prendre ses responsabilités face à l’épidémie naissante bien avant les pouvoirs publics si ce n’est les malades eux mêmes sans l’espoir de se sauver eux mêmes d’ailleurs à une époque où il n’y avait rien ?
Quelle nouveauté dans la conception de la solidarité !! La solidarité c’est maintenant ceux qui sont malades envers les autres malades d’autres pathologies ! Ami bien portant, l’avenir est à toi ! Malade passe ton chemin ou rembourse l’aide reçue…
A qui la faute si les traitements coutent si chers ? A qui la faute si les caisses sont vides ?
Au delà de tout ça, je voudrais te dire de faire attention à toi avant tout car j’ai bien peur que dans la France des paquets fiscaux et des vacances bling bling, ton combat soit vain. Ne leur donne pas raison en perdant tes forces et en mettant en péril ta santé. Courage.
Par Amber le 11 janvier 2008
Grand Monsieur Bruno-Pascal…
Je lui souhaite plein de courage et qu’il puisse bientôt parler de tout ceci au passé!
C’est quand même incroyable que ce soit toujours les mêmes qui trinquent, la France marche à 2 vitesses, espérons que le fossé ne se creuse pas plus!
Courage!
Par coco212 le 11 janvier 2008
il faut beaucoup de courage dans ce que tu fais
merci a toi et pour nous….je suis également séro depuis 20 ans
fais attention a toi surtout
amicalement
coco
Par maya le 12 janvier 2008
Je suis partagée entre diverses réflexions.
Bien évidemment ce combat est juste mais nécessite t il la mise en danger d’un homme ?
Nous ne savons pas d’autre part le bilan médical de bruno pascal.
C’est determinant en terme de risque sanitaire.
Je crois que ces mises en danger doivent etre faites en cas d’extreme urgence et pas par une personne mais par une collectivité.
En effet même si ce type d’action est louable elle risque de faire une initiative qui sera suivie pour d’autres revendications personnelles (et souvent justifiées) comme le sont les greves de la faim.
Les seropos et autre malades longue durée vont payer cher le regne de sarkozy.
Les franchises ne vont pas s’arreter la , tres certainement…comment va-t-on faire ?
Je souhaite vivement que bruno soit entendu et que cette lutte ne soit pas… bref j’ai peur …