Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

L’indétectabilité de la charge virale supprime-t-elle le risque de transmission du VIH ?

7 décembre 2007 par Docteur Michel Ohayon |

Le VIH est  toujours làBernard Hirschel, médecin genevois qui s’occupe de VIH, a profité du 1er décembre pour, semble-t-il, se faire un peu de publicité, en annonçant la disparition de la transmission du VIH en cas de succès virologique d’un traitement antirétroviral. En quoi cela consiste-t-il ? La thèse proposée, bien connue et, faut-il le rappeler, démentie par l’expérience, consiste à dire que si la charge virale du VIH dans le sang d’une personne séropositive est indétectable, celle-ci ne peut pas contaminer son partenaire au cours de rapports sexuels non protégés. D’où ça sort ? Le Dr Hirschel s’est exprimé à la radio et dans des journaux suisses romands. En fait, ce n’est pas la première fois que ce type de propos est diffusé. Et s’il est vrai que la réduction de la charge virale, à l’échelle d’une population, réduit le risque de transmission, on ne peut en aucun cas en faire des déductions sur le plan individuel. Pourquoi ? Tout simplement parce que des personnes ont été contaminées par leur partenaire traité ayant une charge virale indétectable, et cet argument est plutôt difficile à réfuter. Il n’empêche qu’un certain nombre de publications existent, qui vont dans ce sens, dont certaines fixent à 1000 copies/ml le seuil en dessous duquel la contamination serait « impossible ». En quoi cette annonce est-elle dangereuse ? La question du contrôle virologique peut être regardée de la même manière que celle de la circoncision. On a déjà eu l’occasion de dire que, si la circoncision est un moyen de réduire sensiblement les contaminations à l’intérieur d’une population où la prévalence du VIH est forte, elle ne constitue en aucun cas un moyen de prévention individuelle (c’est d’ailleurs le sens de l’avis rendu sur ce sujet par le Conseil National du Sida). Si, dans une population, toutes les personnes porteuses du VIH étaient efficacement traitées et avaient toutes une charge virale indétectable, le niveau de diffusion épidémique serait drastiquement abaissé. Et de nombreux scientifiques militent pour que l’extension des traitements participe à la prévention secondaire de l’infection par le VIH, avec des arguments qui valent la peine d’être entendus et auxquels nous adhérons à Sida Info Service. Cependant : – La charge virale indétectable dans le sang n’est pas forcément associée à une charge virale indétectable dans les secrétions sexuelles, et cela est démontré depuis de nombreuses années déjà, et confirmé tous les jours dans les centres spécialisés qui s’occupent de procréation médicalement assistée à risque viral, et procèdent, sur des arguments virologiques, à des « lavages de sperme » provenant de personnes sous traitement et ayant pourtant une charge virale indétectable. – Les rapports non protégés sont à l’origine de la contraction d’infections sexuellement transmissibles (et on connaît les problèmes de syphilis, de LGV et désormais d’hépatite C, notamment chez les gays séropositifs ayant des rapports non protégés) qui, outre les risques qu’elles font encourir à ceux qui en sont victimes, suffisent parfois à positiver une charge virale auparavant contrôlée chez une personne sous traitement. – Il y a malheureusement des personnes qui ont adopté ce pseudo mode de prévention et qui ont été contaminées. Les réalités de la transmission. Environ 80 % des personnes vivant avec le VIH sont sous traitement, et la très grande majorité d’entre elles ont une charge virale indétectable. Il est vrai que la primo-infection joue un rôle important dans la diffusion du VIH, mais on ne peut réduire la dynamique de l’épidémie, y compris dans les groupes fortement touchés, à la seule primo-infection. Chaque personne est libre de sa sexualité, et les rapports consentis engagent la coresponsabilité de tous ceux qui y participent. Le traitement de l’infection par le VIH, lorsqu’il est efficace, participe à une réduction des risques de transmission. C’est une évidence à l’échelon collectif, c’est une réalité à l’échelon individuel. Mais il ne s’agit pas d’un mode de protection. Dire que la charge virale indétectable empêche la transmission n’est pas seulement faux ; c’est également une manière de priver les personnes de leur libre arbitre, de les engager à débuter une négociation qu’elles n’auraient pas nécessairement désirée, et de les fragiliser dans leurs attitudes individuelles de prévention, qui sont, chacun le sait, déjà difficiles à maintenir. Pour avoir eu l’occasion à Sida Info Service et ailleurs, de nous entretenir avec des personnes contaminées par leur conjoint ou l’ayant contaminé, nous avons pu mesurer la détresse engendrée par les conséquences non désirées de comportements adoptés en toute bonne foi sur des arguments inexacts.

  1. 18 réponses à l'article “L’indétectabilité de la charge virale supprime-t-elle le risque de transmission du VIH ?”

  2. Par Ordinat0r le 7 décembre 2007

    houlà !!!!! c’est dangereux de tel propos !!

    malgré une cv indetectable on conserve le virus dans l’organisme, on reste donc potentiellement contaminant !

  3. Par Kkwouet le 8 décembre 2007

    … Après la circoncision et les contaminations « revues a la baisse », ça commence a faire beaucoup d’annonces délicates là… :/
    Pas facile de faire de la prévention dans ces conditions… Bon courage a vous !

  4. Par coco212 le 11 décembre 2007

    pfff que faut il pas entendre………….!!

  5. Par hotmama le 12 décembre 2007

    Coluche disait en suisse on n’attrape pas de maladie on n’attrape que des médicaments, pour parodier un peu les annonces tonitruantes de deux docteurs suisses qui affirment deux contre-vérités : absence de virus dans le sang = absence dans le sperme et possibilité pour une femme séronégative d’avoir un enfant naturellement avec un partenaire positif dont la charge virale est indétectable avec la prise de deux doses de viread pour la future maman à prendre 48h avant l’acte sexuel ! Ce qui me paraît être plutôt une publicité pour les thérapies avec des commissions importantes sur leur prescription (tenofivir ou viread laboratoire américain côté en bourse)

  6. Par coquelin le 14 décembre 2007

    Et OUI lorsque ma charge virale est indétectable je suis moins contaminant, si en plus de cela je pratique la reduction des risques sexuels je suis encore moins contaminant….mais alors pourquoi ne sommes nous pas informés sur tout cela…certains craignent ils que nous nous décidions à prendre du plaisir !! certains ont ils peur que nous devenions des adultes responsables…certains ont ils peur de perdre leur boulot parce que le sida ne sera plus leur gagne pain….je n’utilise des capotes que dans 20 % de mes relations car je bze le reste du temps avec des seropos, il m’arrive parfois de choper une saleté que je soigne rapidement, mais ce que je n’aime pas c’est cette peur que l’on essaye de nous asséner quotidiennement. Si je décide de prendre mon pied comme je l’entend qui cela embête t’il ? je ne suis pas ici pour contaminer mes partenaires mais je suis grand et sain d’esprit, bien dans ma tête et je négocie avec mes partenaires les risques que nous acceptons de prendre mutuellement. Ce qui me préoccupe ce sont les discours de certaines et de certains médecins qui ne sont toujours pas là pour nous entendre sur nos préoccupations mais uniquement pour nous juger sur nos pratiques. Merci a vous de m’avoir lû.

  7. Par maya le 30 décembre 2007

    Je ne crois pas qu’Hirschel soit inconséquent à ce point…
    « La question du contrôle virologique peut être regardée de la même manière que celle de la circoncision.  »
    Ok donc une reduction des risques, mais la encore on ne regarde que les hommes…Les femmes ne sont elles pas moins contaminantes ? J’en ai assez de lire sans arret des états de faits à données uniques: les hommes
    ….:-(
    Jusqu’à quand va-t-on occulter nos différences en matière de vih et dans tous ses domaines (précaution, conta , traitemennts, etudes etc)..
    sos

  8. Par survivreausida.net le 16 janvier 2008

    Bernard Hirschel a répondu, point par point, aux arguments fallacieux de Michel Oyon.

    Hirschel est un des plus importants chercheurs et spécialistes du VIH en Europe. Oyon est un spécialistes de la prévention gay qui, manifestement, connait bien mal la littérature et l’état de la recherche sur la question de la contamination… ou alors falsifie l’information pour des buts idéologiques ou politiques inavoués.

    http://survivreausida.net/a8203

  9. Par La rédaction le 17 janvier 2008

    Le Dr Michel Ohayon étant actuellement en formation au Tchad, nous nous permettons de rétablir une information apparue dans le commentaire de survivreausida.net.

    Le Dr Michel Ohayon n’est pas un « spécialiste de la prévention gay » mais médecin spécialiste du VIH et responsable médical de l’association Sida Info Service. Le Dr Michel Ohayon exprime ici son point de vue de clinicien et d’acteur de la lutte contre le sida sur une information publique. Le Blog Sida a été une des rares publications à proposer un canal de discussion lors de la parution de cet article.

    Le seul but du Blog Sida est d’ouvrir un espace de réflexion et de débat sur l’infection à VIH. C’est dans cet esprit que nous publions nos articles, et c’est à ce titre que l’expression d’opinions différentes (voire contraires) est la bienvenue dans le respect de chacun. Le principe d’un blog n’est pas d’imposer une opinion mais d’échanger. Nul but idéologique ou politique, c’est peut-être décevant mais c’est ainsi.

  10. Par survivreausida.net le 17 janvier 2008

    Quand on regarde les sujets traités par Michel Ohayon, la plupart sont directement liés et spécifiques à la communauté gay et/ou traitent les questions abordées sous l’angle des préoccupations de cette communauté.

    Ceci se fait parfois au dépens d’autres préoccupations au moins aussi légitimes, comme celles des couples hétéros sérodifférents qui veulent faire un enfant.

    C’est regrettable, d’autant plus que Sida Info Service est signataire d’une plateforme de prévention qui avait déclaré, dans un premier temps, que les gays étaient prioritaires dans la prévention à l’exclusive d’autres populations.

    Les gays d’abord : discrimination au club privé de la prévention interassociative
    http://www.survivreausida.net/a6972

    Ceci est pertinent pour comprendre les enjeux du débat autour de l’intérêt préventif des multithérapies. En effet, les problématiques de relapse et de bareback associées au multipartenariat, sous leur formes spécifiques aux gays, posent évidemment des questions sans équivalent avec celles d’un couple hétérosexuel stable.

  11. Par coquelin le 17 janvier 2008

    oui il est vrai que SIS est une des rares structures à parler (pour le moment) de cet article…
    Mais avec l’objectif de taper sur celui qui écrit l’article !!!
    Selon le Dr Ohayon de SIS, Bernard Hirschel est réduit à un simple médecin genevois qui s’occupe de VIH, et qui aurait profité du 1er décembre pour se faire un peu de pub, en annonçant la disparition de la transmission du VIH en cas de succès virologique d’un traitement antirétroviral.
    C’est à se demander pourquoi il existe tant de journaux associatif en france sur le vih si le discours est le même partout !! le risque Zéro n’existe pas mais s’il y a des informations permettant de le réduire fortement alors pourquoi ne pas en informer largement les premeirs intéréssés ?
    Je viens d’écouter l’interview de hischel sur
    http://survivreausida.net/a8185
    et vraiment ce mec à toute sa tête et lui et SON équipe ne sont à priori pas des amateurs en la matière…
    Donc, POURQUOI en France sommes nous face à des résistances et des esprits fermés médicaux et/ou associatifs qui ne font que prendre leurs patients vih ou leurs  »usagers » pour des gamins…
    voire qui nous prennent parfois (ou souvent) pour des bombes virologiques irresponsables ?
    Merci à toutes et tous d’aller écouter cette interview, c’est 30 mn de plaisir et je vous assure que des infos qui font plaisir en 20 ans de séropositivité il y en a pas eues beaucoup :o)

  12. Par binta sy le 31 janvier 2008

    je suis séropositive et mon fils aussi mon marie n’est pas infecté,j’ai apris que je suis séropositive par mon fils,il est suis anti-retroviraux,j’ai besoin de conseil.

  13. Par coco212 le 2 février 2008

    je t’invite a venir sur le forum
    http://www.sida-info-service.org/forums/index.php4

    cela sera plus facile pour parler de tt ca

  14. Par titaya le 26 avril 2008

    Bonjour
    le docteur m a dit a Bkk, que je ne devais pas encore commencer H.A.A.R.T.
    Highley Active anti retroviral Therapy
    charge virale 12.000
    CD4 450=22 pour cent
    Pourriez vous m eclaircir ceci, et me donner, plus d informations sur mon E mail
    Merci mille fois

  15. Par sandra le 5 septembre 2008

    je n’ai pas réussi à ouvrir le blog sida : l’indetectabilité de la charge virale supprime-t-elle le risque de transmission du vih. je suis séropositive, charge virale indétectable,sans traitement et cette question m’interresse beaucoup,merci.

  16. Par coco212 le 6 septembre 2008

    le mieux est de venir en parler sur le forum

    http://forum.sida-info-service.org/index.php

    a bientot

  17. Par phil le 16 janvier 2009

    je suis très remonté contre le site seronet parrainé par AIDES, qui prend pour argent comptant les propos d’hirschel et laisse les adeptes du bareback s’exprimer sans apporter de contrepoids à leurs propos, alors qu’ils se saisissent d’une étude suisse concernant uniquement des hétéros pour justifier leurs pratiques entre gays…

    http://seropoannees2000.hautetfort.com/

  18. Par DEMOUVEAUX le 12 avril 2009

    Nous somme un couple serodifférent.Mon amour est seropo je lui ai fait découvrir quand nous avons faits nos tests respectif.Moi j’ai un enfant mais lui n’en a jamais eu.J’ai 38 ans et suis en pré-ménopause (pma trop d’attente) on ne sais pas vers qui se tourner pour essayer d’en faire un naturellement. AIDEZ NOUS MERCIII….._

  19. Par jcm le 4 février 2010

    3 ans après il faut faire le procès de ce que sis a écrit dans ces pages.
    Le traitement, contrairement à ce qui a été écrit , constitue bien un moyen INDIVIDUEL de protection, avec une efficacité parfaitement équivalente voire supérieure à celle du préservatif. En aucun cas, il n’y a lieu de comparer ce type de protection à la diminution sensible d’un risque à la façon de ce que l’on observe avec la circoncision, dont on remarquera qu’elle est désormais elle aussi considérée comme un moyen négligée par ailleurs.

    L’avis du CNS a évolué, et cette instance est uncomposite entre experts et militants associatifs dont certaines préoccupations engagées sont bien connues !

    L’objection logique sur la charge virale indétectable dans le sang mais pas toujours dans le sperme a fait long feu : les résultats des études suisses à grande échelle ont réfuté en pratique cette objection raisonnable mais invalidée par la vérification.

    Tout aura été fait pour empecher l’accès de cette information, en réalité bien plus ancienne que les vérifications suisses : il y a un scandale vieux de 10 ans qui s’est fait au détriment des malades et des leurs partenaires, ET au détriment de la prévention elle-même, en particulier celle dans les pays pauvres : l’accès aux traitement est entravé par la désinformation d’une opinion publique mondiale qui croit que les traitements ne servent qu’à prolonger la survie de malades qui deviennent plus contaminant dans le temps de par leur survie même.

    Il y a un enjeu politique majeur dans cette affaire, doublée d’un scandale judiciaire et éthique.

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