Sida réel et sida médiatique
6 décembre 2007 par Alain Miguet |
Le quoi ? Le sida ? Ah oui ! C’est la Journée mondiale. Il va peut-être falloir faire quelque chose. A minima… En 2007, certains médias ne considèrent plus le sida comme digne d’intérêt. Devenu en France maladie chronique, le sida ne fait plus peur, ne crée plus l’angoisse des débuts, terreau fertile à une audience forte garantie. Les progrès thérapeutiques ont changé la donne, amorcé en même temps qu’une décrue de la mortalité des séropositifs la chute de l’intérêt sida. Médiatiquement le sida est mort. Il y a quelques jours, le journaliste d’un quotidien du matin n’a-t-il pas déclaré alors qu’on lui présentait les projets de Sida Info Service pour le 1er décembre : « Le sida n’intéresse plus, c’est has been. ». Ne me suis-je pas retrouvé seul au point presse organisé samedi dernier pour rendre compte du colloque « Femmes et VIH – 10 ans après » ? Les rares journalistes qui s’étaient inscrits ne se sont finalement pas déplacés et n’ont même pas pris la peine de se décommander. Le sida réel ne fait plus jouir les rédactions. Des jeunes gays qui peinent à se protéger et se contaminent ? Ca ne vaut guère la une d’un 20 h. Une épidémie mondiale qui se féminise ? Comme l’a souligné une intervenante au colloque « Femmes et VIH », les femmes arrivent trop tard dans l’histoire du sida, à un moment où l’épidémie s’est banalisée. Pas intéressant. Le sida en Afrique ? Les fameuses lois de proximité chères aux journalistes font qu’un divorce élyséen ou la fin de carrière d’un rocker vieillissant valent médiatiquement plusieurs millions de séropositifs africains. Difficile de lutter. Et pourtant le sida réel est bien là presque au coin de chaque rue. Nous l’avons constaté avec le bus prévention que Sida Info Service a fait circuler samedi dernier dans Paris. Grâce à cette action de proximité, des jeunes ont parlé de prévention avec des écoutants de Sida Info Service, des plus âgés – hommes et femmes – ont découvert le préservatif féminin, une africaine séropositive, seule et perdue, a été accompagnée jusqu’au colloque « Femmes et VIH », où elle a rencontré des femmes ayant vécu une situation identique à la sienne. Parler du sida, alerter, témoigner, voilà ce que certains médias font moins bien aujourd’hui. Cette légèreté contribue en partie à laisser croire que l’épidémie est derrière nous, et qu’il n’y a plus de raison de se protéger. Légèreté ? Peut-être pire.
2 réponses à l'article “Sida réel et sida médiatique”
Par Françoise le 6 décembre 2007
Réponse à Alain : Depuis des années on vit dans un paradoxe depuis l’arrivée de traitements efficaces qui font croire que l’on peut “guérir” du VIH/sida. D’un côté on en arrive pour les “séronégs” à matraquer avec des images de prévention terribles, mortifères : “le sida c’est terrible”, protégez-vous! De l’autre, pour les “séropos”, médecins, associatifs, s’évertuent à parler VIE, dynamisme, “le sida c’est pas si terrible”… Comment faire pour que les deux messages ne s’annulent pas ? Du coup “la St Sida” n’est pas un jour agréable pour les personnes touchées et un jour anodin pour beaucoup d’autres !
Par Khéops le 7 décembre 2007
Et oui, la question reste de savoir si “cette légèreté” ne concerne que les médias ou si elle n’est pas plus globale… Ne dit on pas qu’on a les médias qu’on mérite ? Pour répondre à françoise, oui tout le monde s’acharne à faire peur car seul la peur semble faire réagir. Parler de la séropositivité aujourd’hui et des contaminations c’est parler de choses et de mécanismes un peu plus complexes. Est ce qu’on en parle pas ou mal parce que c’est trop complexe ou aussi parce qu’on manque de personnalités capables de penser tout ce qui se passe ?