Le Blog sida Éclairages sur la séropositivité et l’épidémie de sida

1er décembre : faisons les comptes

28 novembre 2007 par Docteur Michel Ohayon |

La question de l’épidémiologie du sida est sensible à plusieurs endroits. Combien de victimes ? Quelles régions sont les plus touchées ? Quelles sont les personnes vulnérables ? Il s’agit par là de définir les politiques de prévention et de prise en charge. Mais aussi d’arbitrer la répartition des moyens.

Cette année, un événement : les chiffres sont bons. Aussitôt, levée de boucliers des différents acteurs de la lutte contre le VIH. Il ne faut pas croire ce qu’on nous dit, au contraire, tout va mal… Et si c’était vrai ?

Des chiffres à la baisse dans le monde, mais une épidémie galopante

L’Organisation mondiale de la santé a revu ses chiffres à la baisse, c’est là une certitude. Plusieurs explications à cette diminution du nombre estimé de personnes vivant avec le VIH : une stabilisation de l’épidémie, déjà évoquée l’an dernier, mais aussi la correction d‘une surestimation de la progression épidémique dans certains pays (dont l’Inde où l’estimation de 5, 7 millions de personnes infectées a été ramenée à 2, 5 millions). D’autres explications plus techniques sont évoquées (saturation des groupes à risque), sans oublier que dans certains pays, le nombre de décès est tel que la proportion de personnes vivant avec le VIH dans la population diminue. Dans ce dernier cas, un bon chiffre n’est pas du tout une bonne nouvelle.

Alors, remettons les choses en place : 33 millions au lieu de 40, ça fait encore une pandémie. 22, 5 millions de personnes infectées en Afrique, c’est l’un des obstacles majeurs au développement de la région et par là même l’amélioration des conditions de vie de l’ensemble de la population. 5 700 morts par jour, ça reste considérable, et, avec 6 800 nouvelles contaminations quotidiennes, cela veut dire que l’épidémie ne peut que continuer à progresser.

L’épidémie continue de voyager dans le monde. Ainsi l’Asie est la nouvelle terre d’élection du VIH : Vietnam et Indonésie sont parmi les pays où l’épidémie progresse le plus.

Et il ne faudrait pas que ces « bonnes nouvelles » masquent d’autres réalités : les objectifs de l’OMS en matière d’accès aux traitements antirétroviraux dans les pays en voie de développement n’ont pas été atteints. Cela constitue de très loin l’un des plus grands scandales sanitaires de tous les temps en plus d’une occasion manquée de prévention secondaire efficace, quand on veut faire croire que la circoncision va régler tous les problèmes.

En France aussi

Nul n’y échappera : les nouveaux diagnostics d’infection par le VIH, les nouveaux cas de sida, baissent en France. Et là, ne boudons pas notre plaisir, c’est vrai, au point que l’Institut de Veille Sanitaire a fait une entorse à son habituelle réserve. Mais pas pour tout le monde…

Tout se passe comme si, une fois le spectre d’une épidémie généralisée écarté (sauf en Guyane où elle existe depuis longtemps), les choses se resserraient sur les populations qui sont depuis longtemps identifiées : les gays et les migrants d’Afrique subsaharienne, dans un périmètre géographique de plus en plus resserré autour de l’île-de-France et des Départements français d’Amérique (DFA). L’approche généraliste que nous avons souvent critiquée s’est donc avérée efficace vis-à-vis de la population générale, qui reste plutôt épargnée par le VIH. Mais les autres ?

Dans les DFA et chez les gays, pas d’amélioration en vue. Au contraire. Chez les homos, la diffusion des IST (syphilis, lymphogranulomatose vénérienne) ne laisse pas augurer d’une amélioration, même si la progression des nouveaux cas s’est arrêtée cette année. Par contre, et c’est ce qui est vraiment intéressant dans les récentes données françaises, tous les indicateurs sont en faveur d’une réduction des nouveaux cas d’infection par le VIH chez les migrants d’origine subsaharienne. De même pour les dépistages tardifs dans la même population. Sans surprise, ce sont les femmes qui sont les premières bénéficiaires de cette tendance.
L’INPES avait été largement critiqué lorsqu’il avait lancé des campagnes de prévention à destination des migrants. Comme à chaque fois que l’on cible une population exposée, certaines bonnes âmes crient à la discrimination, comme si le sida en lui-même n’était pas la pire des discriminations… Le fait que cette stratégie commence à apporter des résultats probants est à méditer.

Du coup, après des années de féminisation de l’épidémie française, celle-ci se masculinise à nouveau. Et, quand on sait combien l’implication des gays a été (et est encore) fondamentale dans la lutte contre le sida, ce retour aux années 1980 sonne comme un échec. Explosion des IST, des comportements à risque, stabilisation, peut-être, des nouvelles infections, mais au niveau le plus élevé jamais atteint, prévalence supérieure à 10 %, cela est d’autant moins encourageant que nous sommes désormais à 25 ans d’épidémie et 12 ans de trithérapies. L’extension de l’épidémie aux dépends des populations les mieux informées, les mieux intégrées, à l’heure où tant de moyens sont à notre disposition, constitue un défi majeur à relever si l’on veut pouvoir continuer à garder espoir.

Crédit photo : © campagne de communication 1er décembre, Région Nord-Pas de Calais

  1. 2 réponses à l'article “1er décembre : faisons les comptes”

  2. Par Ordinat0r le 28 novembre 2007

    rien n’est gagné, la pandémie est toujours là malheureusement …
    en France, les réformes de la sécu et les franchises risquent de provoquer un mauvais suivis médical, car les personnes infectés sont souvent « précaires » financièrement, donc on peut s’attendre à de gros problèmes dans l’avenir …

  3. Par Caroline le 28 novembre 2007

    Merci pour cet éclairage avisé.
    Ce qui prouve bien que l’information est un premier pas nécessaire mais pas toujours suffisant pour faire changer les comportements lorsqu’il s’agit de se mettre en danger ou plutôt de ne pas prendre soin de soi.

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